Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
NADA Mémoire vive de mes voyages, poèmes, œuvres, idées. Partages de hasard pour un art engagé.

Rouge ou rouillé ?

dominique dieterlé

Rouge fut la poussière que j'ai d'abord mâchée, ensuite apprivoisée, ce choc premièrement visible quand je descendais d'un avion à Lomé

Après, il y eut mes pieds que les enfants teignaient de "lali" (henné) pour faire rire les passants qui me disaient: " maman! tu te cherches un mari ?"

Et j'ai vu, j'ai touché, le corps noir saigné à blanc, le fleuve d'Afrique, le fleuve de sang que je murmurais autrefois sans savoir, avec les mots de René Depestre, 

Et puis les mots rougis de tous les peuples cadenassés,
de toutes les barricades, de toutes les tortures, de toutes les armées

La vieille amie qui pleurait en écoutant "le chiffon rouge",
la voix de Ferré clamant son Aragon

Mais c'est en caressant la rouille sur la gueule d'un canon
que j'ai su mon vrai rouge,
celui du soir tombant et des nuits de mars où j'avais perdu mes marques
où j'avais enterré les armes, où j'avais tari mes larmes
où j'avais laissé la terre ramener le métal à sa source
et le corps, un autre jour, à sa poussière de latérite et de chair vive
pour boire au souffle d'un grand pavillon où nichait un rouge gorge
un rouge cœur tout emmêlé de rouille et de mystère
d'où coulait un vin noir dans la blessure du ciel

 

Oui, j'aime les poèmes poèmes urbains du travail des bâtisseurs et des recoins cachés, plâtrés, ferraillés, grattés, dérouillés. 

 

D'autres images dans l'album rouille-gorge




 

... et un extrait du poème de René Depestre :


quand la sueur de l'indien se trouva brusquement tarie par le soleil
quand la frénésie de l'or draina au marché la dernière goutte de sang indien
de sorte qu'il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d'or

on se tourna vers le fleuve musculaire de l'Afrique pour assurer la relève du désespoir
alors commença la ruée vers l'inépuisable trésorerie de la chair noire
alors commença la bousculade échevelée vers le rayonnant midi du corps noir
et toute la terre retentit du vacarme des pioches dans l'épaisseur du minerai noir

et tout juste si des chimistes ne pensèrent aux moyens
d'obtenir quelque alliage précieux avec le métal noir
tout juste si des dames ne rêvèrent d'une batterie de cuisine en nègre du Sénégal
d'un service à thé en massif négrillon des Antilles

tout juste si quelque audacieux curé ne promit à sa paroisse
une cloche coulée dans la sonorité du sang noir
ou si quelque vaillant capitaine ne tailla son épée dans l'ébène minéral
ou encore si un brave Père Noël ne songea à des petits soldats de plomb noir pour sa visite annuelle...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires