Par tous les temps, elles baillent elles se taisent, elles se murent, les fenêtres cousues qui encerclaient la peur et parfois le refuge qui se brisaient pour rien d'un enfant qui s'amuse, ou d'un homme en fureur, mais elles ne diront rien tu peux en être sure elles tiennent au cadre qui les clos elles tiennent à leur maison, à leur vision, sans raison elles se tiennent au delà du vent qui s'égosille à parler d'ouverture la fenêtre est perdue quand elle n'abrite rien
fenêtres - Hennebont- printemps 2026
François Arago vivait de chiffres et d'étoiles. Il a parlé, pour le peuple, de révolutions qui ne concernaient pas que la mécanique céleste. Le boulevard qui porte son nom longe l'Observatoire de Paris et l’institut d’Astrophysique. On y trouve aussi la dernière vespasienne (autrement dit "pissotière") de la capitale. Les hauts murs sont accompagnés de ces misérables tentes bleues qui témoignent partout de la déliquescence et de la misère sans appel. Arago en eut probablement fait un flamboyant discours (comme durant la révolution de 1848) Et puis. Il y a le mur nord de la Santé, (vous ne trouvez...
Les bois et les serrures, la ferraille et la pierre sur la rouille verdie des ateliers brisés autrefois ils suaient, ils trimaient, parfois même ils chantaient la pluie reprend les droits, il n'y a plus de mains pour la matière d'un seul espoir. Mais, dites-moi, de quel droit parlait-on ? On ne saura pas lire la trace qui s'étouffe hors des vies cadencées la terre repousse au loin les villes qui coulent en douce dans le silence gris de l'autrefois ruiné
Ancienne usine, ou atelier - Hennebont
Terre saturée de vent contraire qui déchausse les arbres noirs Chaque pas espère un autre pas Chaque nuage aspire la lumière L'enfant tombe Déjà gris Que ferons-nous de ce temps mort Où les mots étouffent entre les dents Qui n'ont plus de bouche
la bouche de la nuit, qui mord d'ennui
Pas sûr, pas sûr, qu'on forcerait l'allure, Qu'on aurait plus d'air pur Pas sûr que les faucons, et pas sûr que les vrais Lanceraient des lettres mortes qui sont leur proie de mots Sous d'autres vents contraires Pas sûr qu'on pleure en paix sous le ciel décalqué Pas sûr qu'on ait le temps de s'éveiller, de réveiller Les faux amis, les vrais aussi Pas sûr que le sommeil Et la vie durent, et durent Pas sûr, pas sûr
collages
on ne lâchera rien. on sera heureux, juste pour faire la nique à ce qui hait on dira oui, on dira non, mais on saura pourquoi on aimera quand il faudra, plus souvent qu'à son tour on poussera les vieux démons dans la fosse de l'indigence on lèvera le poing et puis on ouvrira les poings fermés jusqu'à ce qu'il en surgisse des chants-oiseaux on se relèvera autant de fois que nécessaire et jamais seule et jamais seul on gravera sur les nuages des mots entiers qui feront taire le vent des explosions parce qu'on le peut parce qu'on le doit
graff tunnel des tuileries - Paris 2023
j'aime la fête, la famille, les offrandes, les partages. j'aime les aurores boréales, les troupeaux de rennes, le cercle polaire, le grand Nord j'aime le rouge et les lumières j'aime les solstices d'hiver et l'espérance des jours meilleurs mais je n'aime pas le père Noël, ses habits de mensonges, sa barbe dégoulinante de fausseté qui cache l'artifice, ses clochettes dissonantes, ses cadeaux plastifiés enfant, jamais n'y voulus croire jamais, sur les genoux de l'inquiétant barbu les tout petits hurlaient de terreur à son approche parfois j'ai protesté parfois je me suis tue inventant cette histoire,...
Lors de l'occupation de la voie express à Quimper, des dizaines de bras tapaient en cadence sur les glissières, et ne disaient rien d'autre à cet instant que l'accord absolu d'un rythme spontané : triomphe de la musique sur la bêtise ! l'espace d'un moment la route redevient savane, redevient chant le rituel monte à la face du mépris, à la face de ce qui, là-haut, ne nous aime pas le plus petit commun, multiple cœur, n'en finit pas de battre le temps n'existe plus, pour un quart d'heure d'éternité, la voie est libre, on y marche dans l'air saturé, et l'on respire quand même des vieux des jeunes,...
Ça sent le pain d'épices, ça brille un peu dehors. Mais ... On se sent partagé, pas seulement avec les absents, mais partagé en mille morceaux. En mille petites lumières dont certaines s'éteignent peu à peu. En mille mots qui ne franchissent pas les lèvres, parce que ... En mille vagues chahutées des noirceurs tout autour. En mille et en millions qu'on voudrait bien croire frères, et qui ne savent pas ... En mille matins qui reviendront quand même. En mille bonsoirs qui cherchent la musique. Je ne crois rien. Je n'attends rien. Je parle au soir tombant Et je vous l'espère doux comme ce parfum de...
En pensée avec tous les enfants de partout écrasés sous les bombes La guerre ça fait mal, la guerre ça tue. L'engagement des artistes peut sembler dérisoire. Leur expression ne console pas de tout, mais elle laisse un espace disponible pour une autre vision de monde, où la musique remplacerait le bruit des canons, où la douleur s'exprimerait sur les murs et les toiles, où la danse, le théâtre, représenteraient de façon symbolique les batailles inutiles de l'humain en proie à ses démons. On peut être un immense artiste, ou un faiseur médiocre : pendant ce temps on ne tue pas, on ne conquiert pas,...
Dans la ville pierre sur pierre il n'y a pas d'arbre, il n'y a pas d'herbe. Des hommes en vert, dans des camionnettes vertes tous les matins arrosent les rues Et ne poussent que des mégots, des feuilles mortes, des déchets, des invisibles Ceux que personne n'a regardés dans le reflet géométrique des ombres de métal
balade contrastée dans les quartiers de Paris
dans le village il y a une foule qui marche il y a des boutiques grandes ouvertes des fenêtres chaque pas soulève une ombre chaque silence étouffe un cri ici on n'a rien enlevé ni le temps ni le remords ni la cendre ceux qui arrivent ne savent pas qui est mort qui est vivant le bois la pierre le vent ne disent rien, comme toujours ils sont restés, lointains ils sont restés, absents les larmes n'arrêtent pas les brasiers ceux qui marchent dans la poussière n'ont pas de larmes eux aussi se taisent le village s'enfoncera dans les sables mouvants et nous tournerons et retournerons, en vain, le sablier...
Graver avec les outils qui déchirent, qui creusent, qui taillent, brûlent. Gouges, acide, couteaux, presse. C'est tout nous, ça ! Pour faire du beau, pour faire du plus, même pas beau le plus souvent, parce que du plus que tout, il en faut, il en faut... Pour faire peu, il faut beaucoup de mal. D'abord, une image paisible de Pachamama, comme disent les Indiens. Non la terre n'est pas paisible, elle aussi nous lamine et nous contraint, nous défait, nous détruit. Dans son inconscience minérale, dans son ignorance somptueuse que nous lui pardonnons au nom de la beauté. Que pardonner d'ailleurs ? Le...
Cinq images de 2020... pour beaucoup, année terrible : malades et leur famille, personnels médicaux, saltimbanques et restaus, qui nourrissent l'esprit et le corps, et tous ceux qui ont eu à souffrir dans leur chair, leur affect, leurs activités. Moi, retraitée en bonne santé je n'ai pas (encore) de raison de me plaindre à titre perso, mais peut-on avoir l'esprit léger et le cœur sec quand, autour de nous, tant de gens voient s'écrouler leur monde ? Alors quand même ose-t-on se dire : Bonne Année ?
Mai 2020, juste à la fin du premier confinement. Les petits enfants à la plage, le kilomètre dépassé,...