... écrit dans le train de nuit entre Narvik et Stockholm Escales. Rencontre brèves dont le temps gratifie nos passages. Ici. On n’est jamais venu, on ne reviendra pas. Sans doute. Repérer. Hésiter. L’arrivée dans la nuit, ou bien au petit jour, le sourire d'un passant, le langage qui s’effrite au long des rues que l’on ne sait pas nommer. Avec le frisson du pied sur le bitume, le grognement d’un train qui nous verse et ne nous reprend pas. Ne pas se retourner. Redouter l'ankylose. Marcher, marcher. Oublier de dormir. Oublier de manger. Faire du corps un brouillard ou un nuage qui déchire la rêverie....
Tu vois, lui dis-je, c'est maintenant que l'on se quitte. Dans ce matin blanc à la frontière de nulle part. Avec douceur et sans regrets : c'est une histoire qui n'a pas eu lieu. Sur mes talons depuis sept jours elle a marqué son territoire, sa profondeur sans limites, en tenant mes chevilles au dessus des abysses. Elle m'ignorait le plus souvent, me laissant respirer malgré cette agacerie d'aiguille fine plantée dans la chair tiède. Parfois je lâche prise et j'oublie qu’elle me tient à sa portée, alors elle gronde un peu plus fort : mon cœur s'emballe et la nuit me surprend, secouée de spasmes...
Exposition : "Ma vie d'artiste à l'état brut" présentée à la Chapelle st Fiacre à Concarneau... Jeudi 3 octobre. Un très grand vieux monsieur (est-il plus vieux que moi après tout) fait une fois, puis deux le tour de l'expo, puis reprend les places une à une en lisant avec une attention soutenue tous les textes qui accompagnent les œuvres présentées. Il a fini. Il s'approche avec une sorte d'hésitation. J'ai été très intéressé, surtout par les textes, me dit-il. Je réponds : merci, attendant la suite qui vient après mûre réflexion. C'est très fort, reprend-il, j'ai rencontré une émotion puissante...