Avis de naissance
Ce blog est donc né en ces mois de septembre / octobre, dans une saison appelée "FALL" en anglo américain, un mot que j'aime particulièrement dans cette langue, en ce qu'il traduit l'ambiguïté de la maturité qui est parfois l'or des feuilles, parfois la chute dans l'abime, et plus souvent les deux à la fois.
Pourquoi cette entrée en matière ?
Parce que je suis dans la maturité évidente de mon âge mathématique, mais en même temps dans un moment joyeux qui est celui de la publication de ce premier livre dont le titre est :
" LETTRES D'ANI SARA AUX ENFANTS DU TOGO"...

Ani Sara : « la blanche ». C’est ainsi que m’appelaient les enfants de Kara au Togo quand ils me voyaient passer dans la rue.
Ce renvoi à sa propre étrangeté, et à tout ce qu’elle véhicule, interroge immédiatement le voyageur qui vient à la rencontre d’une autre culture, dans un monde autrement coloré, autrement habité, autrement ressenti.
Après plusieurs séjours, plusieurs rencontres, la question est toujours présente. Le dialogue se fait plus personnel, il n’interroge plus seulement la couleur de peau, mais tout ce dont sont chargées, et l’histoire personnelle du voyageur, et l’histoire collective des nations en présence
Un jour, les jeunes de Kara ont commencé à écrire avec moi, en français, leurs espérances et leurs attentes.
Un autre jour, dans une saison hivernale où l’Afrique s’éloignait, j’ai tenté de leur répondre : mise en miroir de mes propres interrogations, méditation sur cet espace de correspondance du toi au moi qui devient « nous ».
Livrer cette réflexion à un tiers - le lecteur qu’on rend témoin de cette entreprise - ouvre, à terme, la porte à un autre « nous ». Plus complexe et plus vaste, au-delà de nos visibles différences, celui-ci amène chacun se trouver une place dans l’espace de toute la communauté humaine.
La relation de cet échange est peut-être un chemin parmi d’autres pour explorer ce qu’on appelle « interculturalité » : décoder nos mutuels préjugés, ne pas craindre l’incompréhension, et parvenir à en faire le moteur de nos rencontres.
Si je n'avais pas trouvé d'éditeur, je voulais tirer une vingtaine d'exemplaires d"anisara" et les déposer dans les cabines téléphoniques (quoique ... on ne téléphone plus beaucoup dans les cabines aujourd'hui), ou sur les bancs publics (mais l'hiver venant ... ! ). Je préfère avoir un éditeur, ça ne me rapporte rien - vu le tirage minuscule- , mais c'est une espèce de légitimité venue d'un regard professionnel qu'on ne rencontre qu'à travers des pages anonymes.
Donc j'y parle de moi, mais à qui ? Ce bouquin s'est écrit sous forme de lettres, des lettres à des gens qui existent vraiment et à qui j'avais trop à dire. Voilà donc pourquoi je ne sais pas raconter les histoires, et pourquoi j'aime mieux l'existence des sourires, des engueulades, des amours, des haines, ou de tout autre explosion aussi étonnante de l'humanité en route.. ou en déroute, selon les moments !
En ce qui concerne mon "parcours" comme on dit, il ne s'agit pas d'étaler une bio pure et sans tâches qui s'opposerait à quelque chose de commodément trafiqué et plutôt flatteur, je ne dirai que la vérité mais pas toute la vérité (pas capable de faire étalage de mon intime intimité), donc une bio "littéraire", et avouable, à une exception près: en y réfléchissant bien, je me suis souvenue que la première chose que j'avais, comme on dit, couchée sur le papier, était une histoire que j'estimais, vers mes 12/13ans, hautement érotique (je ne suis pas même sûre que je savais à cette époque comment exactement on faisait l'amour ...!) et dont je cachais les feuillets à carreaux chiffonnés de transpiration coupable sous mon matelas. Première et dernière fois, mais peut être une sorte de verrou qui a sauté, faisant passer l'écrit de l'expression d'une scolarité imposée (l'ennuyeuse "rédaction") à celle de l'expression personnelle où l'écriture dit vraiment quelque chose d'urgent , ou tout au moins d'important. J'ai commencé à aimer les cours de français à cette époque là, en même temps que je découvrais Charles Baudelaire, et que je fus "saisie" par la poésie, qui s'opposait d'un seul coup à la "récitation".
Après j'ai déchiré mon premier texte... et j'ai écrit , écrit, des lettres, des poèmes, de la philo, des réflexions, mais plus de fiction. Le monde était à mes pieds, l'écrire tel que je le sentais/pensais c'était m'en emparer, le partager, le faire jaillir, plus vrai que nature. On écrivait également beaucoup de lettres à cette époque ! à part mes amis togolais, depuis combien de temps n'ai-je pas reçu par la poste une lettre écrite par quelqu'un qui "prend sa plume" ?
Voici les noms des revues poétiques auxquelles j'ai collaborées ( j'en oublie peut être): avant l'informatique il fallait savoir taper à la machine pour réaliser avec des amis lointains ces opuscules bancals dont la réalisation était déjà en soi toute une poésie/ : "Barbare" (Ghislain Ripault ... et les premiers textes d'Abdellatif Laabi), "mensuel 25" (édité en Belgique), "Quimper est Poésie" (Jacky Essirard) , "Gros textes", et enfin "Trémalo" (Olivier Hobé), arrivé à l'ère de l'informatique, le luxe !
J'ai fait pas mal de travaux de commande ou de circonstances (notamment pour le spectacle vivant, ayant travaillé dans ce monde théâtral, et musical, durant 20 ans), traduit deux pièces de Shakespeare, gagné un voyage à la Nouvelle Orléans avec la seule nouvelle que j'ai jamais écrite, et c'est tout.
Donc, on arrive au bout ! ou presque ...
mes voyages au Togo m'ont donné à penser qu'il faut s'engager ici pour espérer que quelque chose change dans nos rapports avec l'Afrique, et d'autres encore
alors un engagement politique ne m'a pas paru être de trop !
ceci étant une autre histoire ...
et l'Afrique ??? j'y reviendrai bientôt