Premiers retours
Tout d'abord, deux articles écrits dans la presse régionale à propos d'une séance de dédicace dans le cadre de "lire en fête" à Concarneau le 12 octobre 2008
Ouest France du 8 octobre 2008 (édition Concarneau) par Jean Luc Cochennec :
Dominique Dieterlé publie un recueil plein de poésie et de vérité sur sa rencontre avec l'Afrique. Un livre de grande classe.
Là-bas, au Togo, on l'appelle "Ani Sara". La Blanche. Pas par mépris, ni hostilité. Mais comme le constat d'une différence qu'il ne sert à rien de vouloir gommer.
Dominique Dieterlé a séjourné sept fois au Togo. Avec d'autres adhérents de son association AïXOS, elle a participé à divers échanges culturels, par exemple en animant des ateliers d'écriture. "Chaque fois, je ramenais des petits textes, des poèmes, ou je notais mes impressions."
Parallèlement, elle participe aux travaux d'un groupe de recherche pour réinventer l'international. "J'ai commencé à écrire pour clarifier mes idées, essayer d'expliquer ce qui nous rapproche des Africains, mais aussi ce qui nous en sépare."
Le résultat est un recueil de lettres courtes adressées aux jeunes togolais. Des textes d'une écriture fluide et sensible, avec de véritables fulgurances poétiques, mais aussi beaucoup de rigueur et de précision dans la réflexion. Elle parle à ces jeunes avec la franchise d'une amie, la sincérité d'une mère qui ne veut pas tromper ses enfants. Et ce qu'elle dit est parfois dur à entendre. Mais c'est la vérité, et elle l'exprime avec une force, une qualité d'écriture, une sincérité qui ne peuvent laisser indifférent.Le livre n'est donc pas un récit de voyage, ni vraiment un essai ou une autobiographie, mais un peu des trois à la fois. "On part en Afrique avec l'idée de changer les choses, et au retour, on a soi-même changé." Dominique Dieterlé a mis beaucoup de sa propre histoire dans ses lettres. Elle a trouvé en Afrique des trésors de tendresse, de délicatesse, peut être même d'amour, qui ont jeté une lumière nouvelle sur sa propre vie.
Mais hélas, ni la beauté sidérante des nuits africaines, ni la chaleur des rencontres, n'ont le pouvoir de guérir toutes nos blessures.
Le Télégramme du 10 octobre 2008 ( édition Concarneau) par Rodolphe Pochet :
Dominique Dieterlé publie ses lettres à l'Afrique. Un recueil de réflexions poétiques, adressées à de jeunes Africains, qui parlent à tous les lecteurs.
«Quand les gens d'ici partent en Afrique, plein de bonnes intentions, leur motivation principale est de donner; il faut aussi savoir accepter de recevoir... » Quand Dominique Dieterlé évoque sa rencontre avec le continent noir, elle offre un regard différent de celui porté habituellement par les Européens.
De 2001 à 2006, la comédienne et metteur en scène s'est rendue à plusieurs reprises au Togo pour y mener des ateliers artistiques, dans le cadre des projets de l'association Aïxos. Dans sa découverte du pays, d'une culture, et face à la richesse des échanges avec son jeune public, elle a vite ressenti le besoin de poser ses impressions et quelques idées sur le papier. Ses écrits ont ensuite pris la forme de lettres, adressées aux Togolais de 15 à 25 ans qu'elle a connus.
Les "Lettres d'Ani Sara aux enfants du Togo" , qui viennent d'être publiées aux éditions L'Harmattan, proposent de découvrir une trentaine de ces courriers, comme autant de réflexions sur les différences culturelles, autour de thèmes comme la famille, les traditions, la violence ou l'enseignement. Y apparaît, en creux, un portrait poétique d'une Afrique "pessimiste et gaie".
À travers de nombreuses confidences, servant par exemple à expliquer les réalités françaises, Dominique Dieterlé, "Ani Sara" ("la blanche", comme l'appelaient les Togolais) dévoile aussi sa personnalité, sa sensibilité et sa propre remise en question, détruisant au passage certains clichés néocoloniaux encore vivaces.
Elle ne cache pas les différences ni les réalités africaines. "Je ne veux surtout pas apparaître comme celle qui donne des conseils, beaucoup de jeunes ont un sentiment de découragement, pensent qu'ils ne vont pas s'en sortir; je veux juste leur dire ce qu'il est possible de faire, et notamment prendre la parole", explique celle qui est, depuis mars, conseillère municipale.
Mème si le livre n'est pas politique au sens premier du terme, le lecteur ressent la nécessité d'un changement d'attitude et de regard de la part des « occidentaux ». « Avant de penser à la façon d'aider l'Afrique, il faut nous changer nous-même », explique l'auteure. Ses lettres offrent une belle façon de commencer ce travail.
Comme il est mentionné dans ces articles de presse, avant d'écrire "Lettres d'anisara", j'avais noté dès le premier voyage, des mots, des sensations revenus par la suite qui m'ont permis de rester en contact avec les impressions du premier "choc" de la découverte, à Lomé un matin d'août 2001, d'un monde qui m'a ouvert les yeux sur un autre moi (comme je le disais en page précédente : avec ou sans lointain voyage, pour se perdre, il faut être allé quelque part )
"Ceux qui sont partis un jour pour ces pays de terre s'y retrouveront-ils ?
Je n’abandonne rien, je ne renie rien, puisque ce qui a été, fut le caillou du sentier, la source désaltérante, le bâton et le sol qui me portaient, l’étoile en amer, le guide et le cheval de mon courage
La boucle n’est pas close sur elle-même, elle devient le premier cercle d’une spirale montante qui m’amène à une mort joyeuse, puisque le deuxième versant de ma vie ne m’entraînera pas vers l’abîme, mais me fera monter vers une autre lumière.
Cette lumière je l’ai cherchée ici, dans la tendresse ou la passion, dans le sourire de mes enfants, dans le plaisir abandonné, dans la parole, dans le regard, dans la tête étroite qui se cogne
Ce matin d’Afrique grand ouvert, je me suis assise, et il faisait jour, pour la première fois, c’était le matin de la vie nouvelle, et je ne le savais pas vraiment, car je ne savais pas encore qu’un autre regard m’attendait, qu’un autre temps était possible, je ne savais pas que chaque jour pouvait s’allonger comme une vie entière, pur et détaché de ce qui ne nous est pas nécessaire, sans faim, sans peur, sans avenir
Juste un jour de plus, chaque fois premier et dernier, juste un mot caché , une source secrète qui fait chanter le monde visible à la surface des puissances invisibles
Un jour de plus. Un jour d’éternité" Retour 2001
Et puis, j'ai reçu une lettre d'une jeune amie rencontrée au Togo en 2002 et qui a fait depuis, son chemin personnel mais non solitaire, avec nos amis de Kara. Ce n'est pas un commentaire sur le livre mais une nourriture sur l'échange engagé à partir de ce texte :
"Je suis allée au Togo pour la première fois à 19 ans… Savais-je vraiment pourquoi ? Qu’allais-je y chercher ? Simplement peut-être une soif de découverte, de différence, une envie de rencontrer ces Hommes du bout du monde. J’y ai rencontré des enfants, des femmes, des vieillards, mais surtout des jeunes.
Ma jeunesse a été confrontée à la leur. Mêmes idéaux, même envie de vivre et de changer les choses. Ma jeunesse est également tombée à plat.
Notre jeunesse française, européenne, occidentale, buvait le samedi soir, buvait le matin avant d’aller en cours pour oublier le poids d’une société, d’un système scolaire formaté. Leur jeunesse luttait pour aller à l’école et le soir racontait des contes sous les étoiles.
Ma jeunesse fumait et s’oubliait dans les volutes des pétards, sans rien attendre, pensant couper les ponts avec une génération de parents travailleurs, moralisateurs et inquiets. Leur jeunesse, sans rien attendre, était déjà adulte, consciente, prenant en main les plus petits et se dirigeant avec dignité vers un avenir incertain.
Ma jeunesse ne rêvait plus que de choses raisonnables, avoir un bon métier, un travail qui nous plaisait, échapper un peu au système capitaliste occidental. Leur jeunesse rêvait de liberté, de voyages, de devenir président, joueur de foot ou chanteur.
Ma jeunesse ignorait tout de leur manière de vivre et imaginait l’Afrique comme un continent inconnu où les gens en boubou marchaient pieds nus sur le sable. Leur jeunesse connaissait tout de nous, notre président, notre tour Eiffel, nos séries télé, notre système économique, notre géographie, notre camembert et notre vin, Victor Hugo et Prévert.
Ma jeunesse ne cherchait rien qu’à voyager, à voir le monde, mais elle est restée accrochée là sans vraiment avoir envie de continuer ce voyage « humanitaire et touristique » qui nous donnerait des choses à raconter au retour.
Ma jeunesse s’est amarrée à leur jeunesse. Mes voyages n’ont plus rien à raconter que le partage, l’échange, l’amitié, de longues heures à attendre sous un manguier, à marcher sur la terre rouge, à parler de la vie, de longues journées à attendre nos retrouvailles". AUDE
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