Togo / Bretagne
à Baga, les enfants m'ont regardée d'en haut
moi plantée en bas, avec un peu de honte
car en fixant l'image, j'oubliais de les voir avant de les saisir,
les flamboyants étaient un prétexte
dont mes yeux voulaient se repaître avant de retrouver l'hiver
lequel des deux reste en mémoire, de l'enfant ou de l'arbre ?
je les aimais frères
et frères encore de mon désir intense d'être cet enfant dans son habit de fleurs
c'est ainsi qu'ils éclairent ce "miz du" (le mois noir en breton)
à Baga, il fait doux
un miracle de vent qui froisse la mémoire
un miracle de sel en fleur sur nos espoirs
un miracle de rien qui se morfond au noir
pas de miracle a dit le soleil blanc des immortelles
pas de mémoire a dit le temps en temps réel
pas de regard salé dissolvant peu à peu nos voix tièdes
juste un entre deux mers, entre deux ports, entre deux chaises
qui laisse, bouche fermée, nos désirs éternels
flotter au lendemain des chemins sans histoire
***
quand on est loin de ce qu'on aime,
de l’harmattan et des nuits habitées de songes
on se console chez nous
de lumières jaunes arrimées au bord de l'océan
qui nous lâcheraient là-bas, dans un sursaut du rêve
il arrive que le rêve soit beau comme ce qui l'a fait naître
Balises verte et rouge
Saute saute les Moutons
La passe où rien ne bouge
A l’aube des remparts
Emporte le jusant
Sur le bras du chenal
La ville qui s’endort
Pose sa tête grise
Vers l’arrière du port
Et le dernier fanal
CANTATE MARINE - 2003
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