Fin du voyage
Aéroport
à six heures du matin dans les toilettes du terminal trois de l'aéroport de Roissy
il y a
tout l'or noir des sables d'Arabie posé sur la cuvette
il y a
un torrent de fraicheur conditionné aux tournoiements d'un soleil calciné
il y a
une feuille d'arbre mort volé au comble du désert pour torcher nos trop pleins d'abondance
il y a
une source prisonnière qui aspire en dessous le riz des affamés
il y a
chrome et nickel, froideur de mines avec lesquelles rien ne s'écrit
il y a
mes mains qui font couler la terre rouge de Kara dans l'égout de la Seine
il y a
sur mon visage sans sommeil un dégout de nos haines
dans les toilettes du terminal trois de l'aéroport de Roissy
sur la tablette immaculée
il y a
mes lunettes
noires
à six heures du matin
***
le corps affiché
frappe le tempo des nuits
noire ondulation
le chaud se retire
d'une peau collée au vent
tiédeur extrême

et de Fatho Amoy (poète ivoirien) - AVIS
un des plus beaux poèmes de voyage que je connaisse
voyageurs du soir qui suivez la rumeur
des vagues et l'étoile blanche des baies
gardez vous de trop songer à vos songes
et d'héberger pour longtemps les chagrins
qui saccagèrent votre vie passée
il est au bout de la nuit une terre tout ensemble
proche et lointaine que le jour naissant
exalte d'hirondelles et de senteurs de goyave
un pays à portée de coeur et de sourire
où le désir de vivre et le bonheur d'aimer
brûlent du même vert ardent des filaos
craignez de le traverser à votre insu
les saisons sur vos talons brouillant le paysage
mais chaque pas est la chance d'un rêve