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NADA Mémoire vive de mes voyages, poèmes, œuvres, idées. Partages de hasard pour un art engagé.

Vie ordinaire à Ziguinchor (Sénégal)

dominique dieterlé

journal de voyage juin 2010

 

Il fait vraiment chaud. Je voudrais retourner au fleuve.
Ce soir c'est fête de la musique à l'Alliance franco-sénégalaise, un très étonnant ensemble architectural inspiré des cases à impluvium typiques de la région, et décoré entièrement de motifs géométriques aux couleurs vives.
Envie de couleurs sur le noir de l'écrit. Envie de dire et partager l'exultation des sens emmêlés, que ni les mots, ni les photos, ni les souvenirs ne peuvent traduire avec justesse. Il faut y être, le corps en éveil. Ici, je ne dirai pas que je revis, mais que je me retrouve, plus qu'ailleurs, une et réconciliée.

 

alliancezig1

 

Dimanche après midi au bord du fleuve, dans un hôtel-restaurant dont tout l'intérêt est d'avoir un accès Internet gratuit, après le déjeuner. Repas de poisson suivi de longues heures dans ce jardin d'un "luxe" relatif, face aux pirogues et à la lenteur de l'eau basse. C'est un endroit où l'on aimerait rester longtemps encore, mais on ne peut oublier que c'est là aussi la protection limite de l'argent possible qui permet d'en jouir.
En Afrique on parle toujours, beaucoup d'argent ! C'est comme ça.


Ainsi me reviennent les les rencontres des jours passées : tous ces "gamins", et quand je dis gamins, beaucoup sont trentenaires qui jouent la "débrouille". Certains peuvent penser qu'on se fait "avoir" en offrant par exemple un repas, ou une boisson, à 1000FRCA (1,5 €), ce n'est pas mon idée. Je partage toujours volontiers avec celui qui n'exige pas, en ayant bien conscience que faire le "radin" dans ces pays où nous nous rendons si facilement est une faute impardonnable.
Il ne s'agit pas de défendre le "racket" (ou le marchandage épuisant) à l'égard des riches supposés que nous sommes, mais de donner un peu, autant qu'on reçoit, beaucoup, du temps, de l'attention gratuite, de la bonne camaraderie, qu'on sait sans lendemain, mais génératrice de moments heureux, ceux de la voyageuse peu pressée que je suis.

Plus tard, descente dans un endroit nettement plus modeste (la porte de Sangamar) où l'on peut boire une bière dans une cabane sur pilotis au bord du fleuve en attendant le coucher du soleil. Mais le ciel est brumeux et perce à peine le gris des nuages; des enfants se baignent bruyamment, les pirogues glissent et se fondent dans le reflet métallique des eaux calmes. Une apparence de fraicheur semble se faire sentir avant la fournaise nocturne, émaillée des heures durant des chants traditionnels du "Gamou", fête musulmane et tambourinée qui durera deux jours!

 

sangamar2

La porte de Sangamar

 

Jour de pluie

vendredi, jour de pluie, non pas l'orage tropical mais la grisaille continue d'un crachin quasi breton. Un peu de fraicheur glisse sur le matin, le temps s'étire nonchalamment entre la grande prière des muezzins et la reprise progressive des activités que la pluie a ralenti.
Ma tentative d'écriture au cyber-centre a été stoppée net par la panne électrique qui accompagne le temps chargé d'humidité.


Dans la maison la fraicheur n'entre guère; la sieste dure et vient presque buter sur la tombée du jour.
Demain nous retournerons sur le grand fleuve et dormirons sur l'île d'Efrane. Ce sera pleine lune, ou bien encore ciel de mousson. Verrons nous les étoiles ?
Je me réjouis de cette conclusion d'un séjour en tout point réussi où se sont succédées rencontres et paysages, réalités sociales et rêveries aquatiques. Lundi je prendrai la route pour Tambacounda, à l'Est du Sénégal où je ne sais ce qui m'attend. Il y aura encore une semaine de traversée sur l'océan des Savanes et je retrouverai les amis du Togo qui sont chers à mon cœur.


Le soir, revenue la chaleur, nous déambulons dans les rues transformées en canyons par des saisons de pluies successives. Les moustiques pullulent autour des flaques.
Arrêt sous les manguiers pour boire le thé avec un groupe d'artistes qui organisent chaque année un Festival des Arts pour les enfants du quartier, et accessoirement se faire connaitre, et reconnaitre, auprès des touristes de passage à Ziguinchor (assez nombreux semble-t-il). Plasticiens, musiciens, chanteurs, sculpteurs, théâtreux, chacun parle de son art.. le soir est fort et doux, comme le thé, c'est cela qu'on aime ici. Recevoir autant et bien plus qu'on croit, ou qu'on prétend donner.
La pleine lune en halo fait un bout de conduite à notre marche silencieuse de retour, traversée de cris d'enfants, puis habitée pour la nuit d'une fête voisine qui mêle les chanteurs, la kora et les djembés.

 

Foot toujours

Inutile de commenter les déboires prévisibles du foot français en déroute, mais à tout moment, les sénégalais (supporters) m'interpellent dans la rue: "et avec la France, y'a quoi?" J'ai envie de répondre: le foot ce n'est rien, si vous voyiez le reste !
Des perdants il en faut, ce n'est pas grave ! mais le reste : arrogance et luxe vulgaire,  déficit de l'âme, indigence de la pensée et de l'imagination, caricature politique, solidarité clouée au pilori de la bêtise et de la corruption, c'est cela qui fait peur, non pas que notre image "franco-française" en sorte écornée, mais que nous n'ayons plus, dans ce pays, la capacité d'être autre chose que cette image-là !
Sans compter les "reprises en main", plus inquiétantes encore, que tant de faiblesses peuvent annoncer.


Allez les africains! réveillez-vous, votre rêve de paradis occidental part en déconfiture, si ce n'est en vomissure...
Et d'ailleurs, le paradis ça n'existe même pas !
(au fait... Italie et France, mêmes bouffons, même combat !

 

Au dispensaire

Avec l'amie qui m'accueille, j'assiste à une séance de consultation qu'elle donne au dispensaire du quartier.

Bébés fiévreux ou dénutris,  planning familial, ou maux de ventre sont au menu, comme chaque jour.

Une fille de 16 ans (elle semble toute petite; a-t-elle vraiment 16 ans ?), enveloppée de la tête au pied dans un long voile noir, vient consulter avec une amie qui traduit questions et réponses. La petite est mariée depuis 5 mois, et souffre de dysménorrhée. L'infirmier parvient à lui faire dire que les rapports sexuels aussi sont douloureux. Il prescrit une ordonnance et conseille une consultation gynécologique si les problèmes persistent.

Elle répond difficilement aux questions et ne se rappelle pas avoir été excisée. Seul un examen peut révéler l'origine des problèmes... le fera-t-elle ? Geneviève me dit, "si ça se trouve elle a été "cousue" en même temps qu'excisée toute petite, et ne sait rien de son corps, de ce qu'elle a ou non subi, et de ce que son mari a forcé la nuit de noces !"
On ne peut pas dire... Il peut s'agir de tout autre chose, mais l'air effrayé et triste de cette gamine me touche profondément.

Comme chaque fois qu'on est confronté à un sentiment d'horreur et de pitié face au mal que subissent les enfants, et tout particulièrement les petites filles.

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