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NADA Mémoire vive de mes voyages, poèmes, œuvres, idées. Partages de hasard pour un art engagé.

Uyuni - Bolivie

dominique dieterlé

Uyuni est un monde plat où s'évase un miroir qui file vers on ne sait où
le train se rouille aux confins du désert, et la saison chargée d'orage aplanit la couleur outragée des couches minérales
d'un seul coup, il n'y a plus rien que l'eau amère, un vernis tiède qui colle aux deux mains, ciel et terre encordés

c'est un pays qui peut rendre fou, un pays de lenteur qui torture à petites frappes, à petits flocons, goutte à goutte sur le silence argent de l'horizon
jamais le ciel d'un lieu n'a donné son nom à tant d'incertitude : je me prends la mémoire dans les reflets du temps courbé, tous regards confondus par le sel des mirages
qui tombent et glissent jusqu'au désert de Dali, de Tanguy, de Magritte que les pierres éclatées font émerger de lagunes surréelles

un vol de flamands déchire l'imprécision du jour: les couleurs et les pierres s'ordonnent et se rehaussent quand l’œil ouaté de neige ajuste son fard de sable noir
la ville s'ouvre à tous les vents, jusqu'à quelle imaginable confluence ?
jusqu'à quelle déraison ?

 

Uyu.14

d'autres photos du Salar et du Sud Lipez en Bolivie : album

 

Images à comparer peut être avec ce tableau d'Yves Tanguy... il y a un désert dans le sud Lipez, donc, qui se nomme "désert de Dali", mais c'est au peintre breton que je pensais sur le Salar

 

tanguy_jour_de_lenteur

Mondes flottants (sonnet pour Yves Tanguy)

 

En équilibre, à peine, sur l'écorce craquante

Assommés de fracas, déchirant l'horizon,

Nous marchons à l'aurore d'une ultime saison

cherchant l'ancre à rebours du sens et de l'attente

 

Au-delà de la tourbe, le ciel, sur sa tangente,

Habille le temps pâle d'amères passions,

Feu de sable et de vent, silence, déraison.

Un cri parfois se tord sur nos lèvres béantes.

 

La vague vient d'ailleurs, dans un soufflet d'orage

Trahissant le chemin, refusant le passage,

Nous laissant, interdits, aux bords évanescents

 

De nuages sans fin et de roues de fortune

Où nous croyons saisir des mots incandescents

Crachés par des chimères aux grandes ailes brunes

 

 

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