Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Au matin, sur le pont du Viking Lines, Helsinki s'annonce claire et froide, dédale et archipel, îles sous le vent polaire. Les passagers par centaines se dispersent en un instant, j'y entre presque seule, remontant à pied des avenues de briques, où mon chemin inscrit déjà tout un mystère. Je me souviens du soleil oblique, du port désert, du bois de feuilles mortes, et de la chambre blanche où une fille aux cheveux pâles m'accueille en silence. Vers le soir un ourlet de nuages se déchire en un moment bleuté aveuglant de lumière. Je n'y comprends rien! Le lendemain,...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Le train file à travers un paysage de lacs, de bouleaux, de maisons rouges. Depuis Malmö la grisaille s'effrite peu à peu. Stockholm s'annonce dans un ruissellement d'or pâle et de cuivre que rien ne vient démentir. Elle est la lumière du premier froid, le Sud et le Nord tout ensemble réconciliés dans le chaudron automnal. La grande ville s'étend sur un archipel escarpé où la carrure des bâtis cède à la mer et ciel, cède au miroir des îles de feuillages. Elle offre la solidité insolente d'un assemblage où tout semble soudain trop grand, mais la grandeur n'écrase...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Parmi les multiples plans d'eau et bras de mer entourant Copenhague, il est un lieu particulièrement célèbre depuis presque 50 ans : la ville libre de Christiania, créée par des hippies et squatters en 1971 sur un ancien terrain de l'armée, et qui revendique toujours, depuis lors, son statut libertaire, défini par une charte encore en vigueur : «L'objectif de Christiania est de créer une société autogérée dans laquelle chaque individu se sent responsable du bien-être de la communauté entière. Notre société doit être économiquement autonome et nous ne devons...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Passé Odense, la lumière est aussi brumeuse que mon cerveau fatigué par une nuit de bus. Le détroit est un plan de mousse pâle pointillé ça et là de rayons blafards. Se peut-il que les yeux réinventent le paysage à l'aune de leur état mental ? Copenhague se déploie en un fouillis de cyclistes et de tranquilles piétons. Un village de familles recomposées et multicolores qui brassent leurs différences, sans ostentation, mais avec persévérance. Je le constaterai plus tard dans le parc urbain du quartier de SuperKilen, où les quelques 50 nationalités qui vivent...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 La valise est là. Compacte et rationnelle. Cerclée de vide et d'inconnu. Qui se pose. Un volume rassurant de désirs bien ordonnés, de chemins sans accrocs, de villes souterraines où l'on ne sait pas vivre seul, dans la nudité de l'instant. Où l'on se retrouvera chargé de soi, malgré ce bouillonnement d'espérances légères. La valise est là. On voudrait l'oublier, partir sans attaches et sans poids. Elle ne dit rien. Elle empile au carré des tenues de réserves et des suspicions d'humeurs changeantes qui sont autant de mots silencieux. Je me penche. Elle chuchote...
l'image suffit à dire la course et l'attente d'un nuage au loin
grande marée en baie du Mont St Michel
côte de la manche entre Granville et la Hague
Granville (manche)
de Cherbourg au Mont St Michel
Tout d'abord, on fredonne la chanson de Brel, puis on oublie qu'on est au plat pays On se perd dans un désert qui se souvient d'autres sables, d'autres escarpements qui débouchaient sur le vide d'une plaine brûlante et affamée. Cette dune là vient s'étirer dans la mer froide et l'opulence. C'est un attrape nigaud au goût de mensonge, de sucres et de fleurs qui fait perdre le Nord juste pour un moment...
les sables de Bray-Dunes - département du Nord
D'est en ouest, on traverse nonchalamment des villages sans fin et des villages sans commencement sur des routes brumeuses où les cyclistes font la nique aux automobiles les canaux sont des havres métriques que les libellules encouragent vers la mer qui ne sait plus où déployer ses dunes le chemin est gai, l'horloge tourne, la pierre tricote des rêves trop sensés qui apprivoisent le silence on ne parle pas de tout le reste qui s'égrène en espèces sonnantes au carrefour des beffrois on ne parle de rien, on glisse vers une bulle légère que la première écluse avalera tout net on se retourne : c'est...
les souvenirs tourbillonnants se noient dans la défaite reste la beauté qui sauve les apparences et le chaos fécond de nos mémoires qui dansent
collage, et multi technique
Dans les moments de violences sociales, de troubles de la pensée, d'émotion médiatique, on pourrait dénoncer comme inutiles, voire démobilisatrices, la parole ou l'expression des artistes qui tricoteraient leur œuvre, bien au chaud dans leur salon. D'une part, tous les artistes ne jouent pas de cet écart, beaucoup d'entre eux sont immergés dans la réalité et la souffrance du monde, comme nous tous. D'autre part il me semble que c'est dans ces moments là que nous avons tous besoin d'une distance créatrice pour mener nos émotions au terme d'un acte engagé et réfléchi, afin d'ordonner les passions...
ânes, mules, coqs, maisons terreuses meurtries de fraiches cicatrices tapis de laine supportant le tissé des jours, pains ronds écrits sur la pierre avec des tournoiements de femme et d'herbes en fagots les vallées fertiles tranchent la caillasse de saignées en saignées plus vivaces, le vent est l'ami des moutons et des roches culbutées, le monde plie sous l'alternance des cailloux plats et des lignes de crêtes, dans la glaise des montagnes se carrent des marabouts et des secrets de tourelles, Mais de virages en virages la gorge enfoncée fait surgir un déluge de rivière qui mène à l'absence de...
Dans l'Altas marocain, perché à 1800m, le village d'Iskatafen s'ouvre sur la vallée verdoyante et heureuse d'Aït Bouguemez Quelques images glanées aux croisées des chemins : soleil et pluie, sable et verdure, austérité et sourires d'enfants, offrent l'idée d'un bonheur contrasté plus complexe qu'il n'y parait ... Et à chaque étape le thé est servi aux randonneurs dans les lieux les plus improbables ! Pour faire connaissance, ou re-connaissance, avec ce que je nomme : le chant des pierres, cliquer sur le lien de mon album de rando https://www.youtube.com/watch?v=Cu5tX57Umg4&feature=share
par la douceur noire de sa mère et par le claquement du fouet, Marrakech se dédouble en ses ruelles durcies de soleil enserrant la prodigalité de ses jardins la ville asséchée nourrit tant de fontaines la ville murée enlace tant de langueurs la ville ferrée se soulève en ondes magnétiques où la volupté se pare de tant d'épines de places en places le frais de l'ombre dissout un brouillon de lumières affolées, un berceau de torpeur assoiffée où la chaleur n'atteint jamais l'arête des maisons qui poussent dos à dos. de pas en pas carrés sur les marelles d'azur, de souffles en souffles, de murmures...
mouettes en cavale à l'assaut des pêcheries chevauchant l'air blanc
murs d'écailles rousses chats hérissés boute-au-vent port d'Essaouira
Essaouira est un murmure de temps qui me revient de loin à peine un mot glissé que l'ordonnance des murailles enferme et fait chavirer dans le même instant de bleu en bleus, de souffles en tempête, d'étoiles en martèlement de nuit le vent n'était pas un invité d'Essaouira il était la Cité, les mouettes innombrables, les créneaux de bronze il était la fatigue et le froid des ruelles il était le battement des cafés rougeoyants il était la présence il était le conflit...
texte du poème brodé : voyage en train La Quiaca – Villazon - Uyuni arrive un moment où plus rien ne compte que le poids de matière minérale, ciment des muscles, air au goût de pampa, train de carcasse, rails qui tranchent l'horizon on devient roche, on devient terre, pluie, nuages, on devient poids de glace et de tourments qui tanguent au bout des doigts ralentis marquant le coup à coup des voies entre deux gorges coupées à vif sang de l'Ande et de l'Indienne, tout entier ramassé dans la joue de coca qui martèle un oubli l'Altiplano s'est soulevé à hauteur de mirage, sa côte de magma flottante...