Rando solitaire ... * Si tu marches longtemps, ne crains pas la poussière * Le vent riait, il amena tes pas l'un après l'autre. La liberté du solide fut offerte. La terre était joueuse * D'abord, il fallut se nouer dans la foule qui marchait sans savoir. Le ciel était profond. Ta colère a brûlé et couvert les abîmes * Tu étais seule, tu as cherché le temps. La rumeur d'un fleuve appelait sur la terre étrangère. Rien n'avait de limite * Tu t'es retournée, le chemin était lourd. Plus de repères, plus de saisons. La poussière avait changé de peau * Tu ne reviendras pas de la soif. Et des nuages. Il...
De quelle obscure familiarité se sent-on habitée lorsqu'on déchire le voile des univers parallèles et des artistes imaginaires ? De quel réconfort soudain se sent-on envahie lorsque les formes tout à coup vous caressent, vous interrogent, et vous rassurent étrangement, tant sur votre faiblesse que sur la certitude qu'aucun monstre de fer et de cuir ne sera jamais aussi démoniaque que l'humain lui même ? J'ai habité l'antre des monstres et n'y ai entendu que des chuchotements fertiles, n'y ai vu que des rêves enfouis, n'y ai trouvé que des échappatoires nécessaires, n'y ai touché que des berceaux...
Fleuves, rivières, sources, rias, ruisseaux, on ne se lasse pas de les suivre, d'en découvrir un sens qui soit à sa portée, qui n'écrase pas, ne défie pas, convient à l'âge et aux pensées secrètes, non sans surprises, non sans tourbillons, mais constamment accessible. Ah! la constance des fleuves : ils nous mènent toujours en des lieux d'humaine résidence et de rencontres. Ils tracent et modèlent depuis des millénaires. Je les aime, et retrouve avec le même bonheur leur parfum de roseaux et leurs cailloux dorés.
Voici le Doubs, noir de galets polis et de mousses ardentes, en fil, en nappes, ou...
Voici le lien de publication sur Calameo de mon voyage / randonnée/ photo ... dont le projet fut de remonter le fleuve Dordogne en mai 2021 https://fr.calameo.com/read/0068311961af608917dd9
Dans la ville pierre sur pierre il n'y a pas d'arbre, il n'y a pas d'herbe. Des hommes en vert, dans des camionnettes vertes tous les matins arrosent les rues Et ne poussent que des mégots, des feuilles mortes, des déchets, des invisibles Ceux que personne n'a regardés dans le reflet géométrique des ombres de métal
balade contrastée dans les quartiers de Paris
dans le village il y a une foule qui marche il y a des boutiques grandes ouvertes des fenêtres chaque pas soulève une ombre chaque silence étouffe un cri ici on n'a rien enlevé ni le temps ni le remords ni la cendre ceux qui arrivent ne savent pas qui est mort qui est vivant le bois la pierre le vent ne disent rien, comme toujours ils sont restés, lointains ils sont restés, absents les larmes n'arrêtent pas les brasiers ceux qui marchent dans la poussière n'ont pas de larmes eux aussi se taisent le village s'enfoncera dans les sables mouvants et nous tournerons et retournerons, en vain, le sablier...
Elles surgissent du sable, des eaux, des corps morts, des roches cinglantes, traversées de chairs brûlées, gardées par le sel du temps, élevant parfois des comptines accordées à la marche et aux jours. Peu à peu, j'en comprends le sens enfoui qui soulève la croute de mes illusions. "Au passage, prends-moi, disent-elles, emporte-moi dans l'autre néant de la cave et de la maison jaune!" Souvent, j'obéis, chargeant mes poches, mes sacs, mes regards, de fragments arrachés aux grandes cicatrices du voyage. Elles ne s'arrêtent pas là. Lorsque je dors, elles secouent la nuit de gémissements reconnaissables....
Un an plus tard... enfermée. Le temps se fait attendre où l'on pourra rêver. Mais reste la mémoire d'un instant qui n'a pas encore fui. Je reprends mon journal de bord.... pour m'y noyer ? Croisière sur le MS Lofoten de Bergen à Kirkenes, retour par voie terrestre (bus et train) de Kirkenes à la Bretagne 8 - 9 octobre / Bergen Dis-toi bien ça : jamais tu ne la soumettras ni même ne l'apprivoiseras. Mais tu as eu le désir, enfin, de te rapprocher, de t'affronter peut-être, de faire connaissance après tout ce temps passé à regarder de haut, à regarder de loin, à faire la dégoûtée, tu en conviens....
Avec la complicité de Aude, graphiste et éditrice "le chien du vent", un nouveau livre voit le jour ... Lorsqu'on écrit sur le voyage, extraordinaire aventure ou simple traversée d'un nouveau quotidien, on fait des phrases avec ses pieds. On suit des routes, ou des rails. On emmène avec soi d'autres lignes évadées d'autres livres, d'autres phrases martelées par d'autres pieds qui marchèrent, écrivirent, suivirent d'autres chemins que les siens. J'ai emprunté ici quelques lignes amies : Rimbaud, Kerouac, Michaux, et beaucoup de rails luisants. Lignes. Le même mot, et pour moi, le même Usage du monde,...
alors j'ai dit non non la mer n'est pas que perdition suffocation la mer ne garde pas que les bleus que les coups la mer ne contient pas que les corps à fonds perdus la mer ne se rit pas de la terreur de la couleur elle se tait j'ai collé une ombre au sel blanc des yeux morts j'ai retendu l'espace de limites acceptables j'ai refermé la bouche des noyés j'ai pardonné et puis j'ai dit encore ne reviens pas, n'y reviens pas pas pas du tout
Question sèche. A-t-on encore le droit à des voyages lointains dans ce monde qui se défait devant nos yeux, et brûle et s'asphyxie de nos excès. Politiquement je serais tentée de dire que ceux qui font des efforts constants depuis toujours, et s'écartent parfois de la pensée règlementaire, sont pas les plus grands pollueurs de la planètes, ni les vrais responsables de sa déshérence. Mais ... On ressent ce fond aigu de mauvaise conscience à lancer des images volées à l'autre bout du monde, à user exagérément de la toile, à embarquer connectée dans des périples sans raisons. Pourtant il faut vivre...
J'ai rencontré des villes et rencontré des eaux toutes les eaux de toutes les villes qui noient les amertumes, les malheurs, le bruit sec qui referme les murs, toutes les villes qui vont chercher la rive, la rivière, la lagune et la mer à la pêche aux reflets, aux miroirs qui trompent le destin toutes les villes qui appellent à l'eau native pour les défendre de l'abandon de la poussière toutes les villes qui ont besoin d'échappées pour endormir le souvenir du quai et des caves obscures toutes les villes qui ont déployé l'ostinato de l'eau douce, de l'eau pour rien, de l'eau donnée toutes les villes...
... écrit dans le train de nuit entre Narvik et Stockholm Escales. Rencontre brèves dont le temps gratifie nos passages. Ici. On n’est jamais venu, on ne reviendra pas. Sans doute. Repérer. Hésiter. L’arrivée dans la nuit, ou bien au petit jour, le sourire d'un passant, le langage qui s’effrite au long des rues que l’on ne sait pas nommer. Avec le frisson du pied sur le bitume, le grognement d’un train qui nous verse et ne nous reprend pas. Ne pas se retourner. Redouter l'ankylose. Marcher, marcher. Oublier de dormir. Oublier de manger. Faire du corps un brouillard ou un nuage qui déchire la rêverie....
Tu vois, lui dis-je, c'est maintenant que l'on se quitte. Dans ce matin blanc à la frontière de nulle part. Avec douceur et sans regrets : c'est une histoire qui n'a pas eu lieu. Sur mes talons depuis sept jours elle a marqué son territoire, sa profondeur sans limites, en tenant mes chevilles au dessus des abysses. Elle m'ignorait le plus souvent, me laissant respirer malgré cette agacerie d'aiguille fine plantée dans la chair tiède. Parfois je lâche prise et j'oublie qu’elle me tient à sa portée, alors elle gronde un peu plus fort : mon cœur s'emballe et la nuit me surprend, secouée de spasmes...
Mise à distance dans le tremblement des marées où la terre se découvre Pleine mer : trop plein de secrets, donnés enfin lorsque s'éloigne la transparence glacée de l'engloutissement La boue devient elle même ville morte ressuscitée par le jusant L'eau n'existe pas : seule la profondeur des terres enfouies qu'elle nous a volées Et lorsqu'elle se cache sous la pellicule verte, c'est l'image d'un jardin de pierre qui raffermit nos illusions Va-t-en, lui dis-je, et laisse moi trainer les pieds, je ne suis pas une sirène !
Vers Paimpol
étangs de la Roche Jagu
Trégor