L’espace du vide entre deux corps dessine le dos à dos des oubliés Le vide était dans l’arbre qui se moquait du monde Le vide était en nous, on y passait la main en travers On allait à la source des manques On cherchait la matière de nos espoirs réduits en poudre Puis on a balayé
impossible animal arrivé de la mer mi-poulpe mi-sirène elle s'est coulé dans l'estuaire avec l'élan électrique des anguilles entre les berges pierreuses des monts elle a embrassé les pentes et les bois elle a déployé le bourdonnement incisif des mots oubliés, des cris souterrains, de la sueur métallique elle s'est couchée là tête ronde écaillée de lumière qui rêve au non-retour, tournant le dos à l'océan qu'une guillotine de rouille retient au delà du vacarme et du vent puis elle s'est mise à rire et plus elle riait, plus elle déployait des milliers de dents acérées sur le chemin des plateaux nus...
chemin faisant il se découvre vidé de substance et de rêves toujours marchant sans trêve au détour des taillis surgi d'un bref enchantement elle m'a dit je ne suis pas celle que vous croyez Parc de sculptures de Kerguehennec (56) et Lanrelas(22)
Qui retient cet équilibre dans l'ombre fragile du manque ? Dire que ce gouffre accompagne la langue et s'y déchire à belles dents / m'en trouver bien ** Il n'y a rien qui vaille il n'y a rien qui m'aille / ce monde cerné qu'en ferons-nous ? Bien au-delà de l'écriture quand le cosmos dicte sa loi ** Ce matin l'oiseau explique tout ouvrant à l'aube grise cette matière du songe que le vent dominait ** Chercher la vie entre les failles et puis plus rien / sinon le ventre de la pluie/ Au point du jour le matin replie en forme de boutonnière son chemin de nuit ** On dit que la mort ressemble à toutes...
elle se nomme évidemment au singulier dans ce qu'elle a de distance face au prosaïque quotidien elle se nomme et s'effiloche dans un haillon de minutes égarées, ici et là et encore ailleurs, mais jamais où on l'attendait si l'on ne prend pas de vacance en hiver, ou de vacance chez soi, ce n'est pas seulement pour la brièveté des jours ou l'impossible rêverie de l'intérieur, mais c'est aussi à cause de cette incapacité qu'on éprouve alors d'entrer en errance au hasard de moments dont on ne fera rien, au bout du compte dont on ne comptera même pas les furtifs passages les jours sont longs, sont ils...
textes un peu anciens, dont la trace ne s'est pas totalement perdue
fleurs de miel et de transit entre juin de digitale et coquelicot de juillet sous le doigt froissé se penche millepertuis soleil et ronce blanche c'est la pluie de juin chaude et noire à ses cordes accroche-toi pour donner le "la" à mes choix incertains. ombre mauve d'orage juin de poisons lourds digitales accélérant les grondements du cœur Tonnerre en pluie les larmes blanches du sureau en pleurs les ouates grises sous le vent dors l'été
La vieille femme a dit : merci, fille, de m'avoir si bien remplie Pendant que moi je suppliais: ne nourrissez pas , s'il vous plait, la bête de l'Intérieur L'Intérieur raconte le pied sur lequel on a commencé à danser Remplir - ou vider - taper en cadence pour faire sortir l'encombrement ou - bourrer un espace sans fond que le temps ne retiendra pas, de toute façon. De quel coté avons nous commencé le pas de deux ? Femme : destinée au plein ? Homme: consacré au vide? Ah, laissez moi cracher les simples vérités, ai-je encore crié, tandis que la vieille femme sans mémoire souriait, et plus elle semblait...
journal de voyage : vers le nord 2014 ... à ces échos d'Henri Michaux ou de René Magritte c'est une ville dérangée qu'on ne dérangera pas une ville enfermée qu'on surprend en plein vol car la ville de tous les ciels encombre les étoiles et déconstruit l'image de briques et de broc que le puzzle enrhume petit à petit cactus métallique se riant de piques sans raison Celle qui sur-réalise loin de son ambition capitale pigeonne en forme de cœur, en forme de ciseau ou de pistolet à moustache la tête entre deux sièges, le cul entre deux têtes, la ville ne fait pas sa maligne ou c'est une autre ville,...
journal de voyage : vers le nord 2014 Elle, fragile face à l’ambiguïté des passions Elle, pure essence d'une idée que l'histoire n'achève pas Elle me dit : "tiens bon quand la colère s'embrase" Elle dit aussi : "la mort est blanche quand tout le sang s'est vidé de lui-même" Elle, seule. Survivra-t-elle face au nombre si torturé, si rouge, si beau
champ de fleurs à Haarlem
journal de voyage : vers le nord 2014 c'est au petit matin qu'il faut prendre la mesure de l'éloignement le froid cisaille la nuit sans sommeil et porte aux nuages qui s'emmêlent des reflets d'eau et de désert paradoxal on ne sait où aller pour échapper au vent tandis que la ville, les rues, les blocs restent en travers, plantés dans le soleil naissant somnambule et indécise, chaque avenue annonce un moment glissé de silence marcher encore et puis tomber et se remettre en veille une fois encore étrangère une fois encore conquise en attente du monde et des mots insensés la belle aurore neuve est...
journal de voyage : vers le nord 2014 la voie, qui vertement se déshabille souligne l'imprécision du trait et ne s'attend à rien d'un au-delà connu où, tout au bord du quai une ville se penche en elle-même et se rêve ou s'invente en elle-même en équilibre sur le rail de fer elle, aimante, moi ne sachant entendre ce que dit à ma tête d'aiguille le sanglot d'un marcheur à la jambe clouée lequel a décliné depuis longtemps toute espèce d'invitation à perdre sa boussole
gare de Rosporden - 29
ce pourrait être comme si un bateau se détachait du port et tombait, et tombait comme ne tombent jamais les bateaux qui s'éloignent et se perdent au delà, mais de quoi ? dans ce rêve il n'y a que des chutes des trous des regards au fond des puits ah ! mais n'allez pas croire que le noir est sale, que le fond est humide, que la chute est une chute sans issue ce serait comme si la porte se détachait, comme le bateau, comme le port, comme la ville porte de silence échappée vers la sortie d'une impatience affranchie de tout remords, de tout ensemble radeau sans attaches chuchotant des promesses des...