je n'ai jamais connu de ville plus masculine que Cuzco son nom El Cuzco, que guetta le baptême, forcé par la flamme et les signes noirs que bavaient les Conquistadores Cuzco restait alors, guerrier à terre, guerrier de murailles aux visages d'angles morts nulle douceur en Cuzco, sinon celle d'un émerveillement rageur qui veut combler des plaies de fontanelle El Cuzco sur le nombril du monde, fleuve de métal et d'indiens martelés, dévale chaque soir les rues luisantes et noires je voulais écrire tout ce que Cuzco me donnait comme se donnerait un amant blessé qui ne sait s'accomplir, un amant châtré...
Uyuni est un monde plat où s'évase un miroir qui file vers on ne sait où le train se rouille aux confins du désert, et la saison chargée d'orage aplanit la couleur outragée des couches minérales d'un seul coup, il n'y a plus rien que l'eau amère, un vernis tiède qui colle aux deux mains, ciel et terre encordés c'est un pays qui peut rendre fou, un pays de lenteur qui torture à petites frappes, à petits flocons, goutte à goutte sur le silence argent de l'horizon jamais le ciel d'un lieu n'a donné son nom à tant d'incertitude : je me prends la mémoire dans les reflets du temps courbé, tous regards...
Tihuanaku est une civilisation bien antérieure aux incas qui dura près de 1500 ans, depuis les bords du lac Titicaca jusqu'au Chili et au Pérou , et dont l'apogée se situe entre 500 et 1100 ap JC. Les ruines de Tihuanaku ne sont pas aujourd'hui entièrement exploitées, elles dénotent un haut niveau d'architecture; de nombreux objets artisanaux, ainsi que des traces de système agricole sophistiqué, témoignent d'un passé qui a beaucoup appris aux Incas qui lui ont succédé Dans le bus, la fille a fermé son visage, a dit d'une voix grinçante Tihuanaku, c'est moins que rien, un pet de sable qu'on oublie...
Son nom de bonbon cache un jeu complaisant où la terre se divise j'ai goûté au souffle de sa langue cognant les dents éclatantes et carnassières des rues, des monuments, des colonnades coloniales goûté la magnificence des églises où l'argent et les joyaux ruissellent en offrandes torturées goûté l'ordonnance des jardins, des arches de pierre, des climats qui coulent en gorges douces Sucre est un puits à la ceinture de marbre où l'Histoire bouillonne de ses noirceurs secrètes qui a le droit pour elle, et la fierté de ses indépendances la lumière matinale de Sucre s'oppose à l'enceinte nocturne des...
La ville de Potosi en Bolivie a été fondée au 16è siècle par les espagnols autour d'une énorme mine d'argent située dans la montagne qui domine la ville (le Cerro Rico). Cette mine fournira à l'Espagne durant deux siècles une incommensurable richesse. Elle sera aussi l'occasion d'une exploitation esclavagiste des indiens de la région, mais aussi d'une bonne partie du Haut Pérou, qui seront arrachés à leurs terres pour venir travailler dans des conditions effroyables. Après épuisement de l'argent, on y trouva de l'étain. Aujourd'hui encore, bien qu'il n'y ait plus grand chose à tirer, les habitants...
La paix aux ailes clouées par l'acuité des pierres la paix des milliers de pigeons soumis à la surabondance des eaux pluviales la paix des tourbillons de briques, réfractaires au creuset de l'Alto et sa rivière d'argile claquant d'escaliers en ruelles, dégringolant en tabliers de nuages sur la multitude habitée de couleurs il reste d'une paix jamais honorée, jamais assurée, le démenti de la ville qui mord et s'accroche au désespoir des monts une ville aux dents de neige, au souffle écourté, au ventre dur du travail à venir, de la force tendue, des muscles arqués contre toutes les cordillères de...
Si haute la terre qu'il se sent à l'étroit, et bourgeonne, et se ramasse pour mieux frapper le ciel entre deux aires, entre chimère livide et sable des volcans, entre neige et ardeur, entre toit et profondeur des caves, entre moi et l'abîme, le nuage dessine chaque seconde une aurore où la lumière s'applique, se resserre et croit derrière le vent qu'elle est un autre jour la forme qu'il tourmente jusqu'à la faire crever, c'est l'espace où je marche à l'envers, où l'enflure de la peau révèle un mal qui cherche un peu de pluie il s'étale, là où son secret s'évente, fait de larmes perdues que le soleil...
Puma se change en creux sur la matière grise ses bras de pierre tissent le manteau de l’horizon céleste au fil de la plus haute terre, l'eau ne perd pas ses droits ne fléchit pas face à l'aplomb rebelle des rocs et des visages anciens pacte horizontal où chaque homme signe à grand peine du nom de sa faiblesse mais lorsqu'il se réveille et tire son œil de lave à l'assaut des nuages Puma devient l'argent, le sel et la noirceur du ciel où s'entrechoquent la lumière le miroir de la lumière et la cascade du miroir brisé pacte vertical du monde sans appel où tout enfant se heurte à la beauté intouchable...
elle casse la course cavalière des nuages et laisse les rumeurs au loin d'une ville qui s'étire et ferme son œil gris où la seule blancheur du monde serait l'erreur fatale
Album complet. La neige s'invite en bonne quantité à Paris avant notre départ pour l'Amérique du sud, retardant même notre vol d'une journée.
Le temps qu'il faut pour faire un sac, il est déjà temps de partir. Temps d'avenir où je ne serai pas car là mon sac sera posé, bousculé d'habitudes contraires. Ce jour d'après, mon poids de quoi ? Sans doute il se dira quelque part qu'il n'est pas d'hier ni de demain mais seulement le facile aujourd'hui de la pensée dormante J'empile et je défais dans le même temps une charge de voyageuse arrêtée, repartie qui se remet en marche en laissant derrière elle l'excès de ses trop-pleins et la substance fortuite d'une vague suspendue
collage Aéroport
... après le carnet de voyage, viennent les textes écrits après le retour, ou sortis d'autres voyages, qui célèbrent les Villes d'Afrique de l'Ouest que j'ai aimé traverser Dakar Elle vibre de fracas métalliques. Containers, rails, chaos de taxis sur les routes en jachère, motos en pétarade, halètement des bus verts et blancs. Percussion, martelage. Concert. Rythme de forge qui respire en puissance le long d’un océan mesuré au rivage poli. Le ventre de Dakar, sa pulsion intime se dispense à la face d’un horizon bleui. Vacarme contre vacarme. Tambour contre tambour. Des grues portuaires aux pièces...
pas de mots en réserve, des fragments de vision vite retournés au sommeil je prends mon crayon et trace des angles obtus ouverts sur des entrelacs de cervelle fais des phrases, des signes égarés, des images liquides le dessin d'un monde inutile qui excite parfois la mollesse des intentions pas fâchée d'être en dehors, à la limite indifférente pliée dans le moutonnement des nuages où dort la lune aux yeux de chat les feuilles s'entassent et je glisse dans l'odeur frissonnantes des morts bébé de réclame rose et doré son lange immaculé sous l'encre de la vie
dessins - carnets
Automne se dit "autumn" en anglais", mais "fall" (chute) en américain J'aime particulièrement ce mot auquel sont liés des souvenirs doux amers, comme la tristesse et la flamme des couleurs automnales inextricablement liées Ambiguïté du sentiment et nonchalance feutrée d'un feu intérieur, quand souffle le vent mauvais et que le temps s'abîme vers l'hiver ... Et je me rappelle la dernière fois où je suis tombée dehors le vent noir fait gémir le ciel sans lune sifflement d'automne collage et multi techniques
Fall, ni joyeuse ni sèche mais convertie par l'or du temps en arcade de foin depuis longtemps...
Hazlo m'écrit : ..."ce que l'on ne regarde pas, n'existe pas encore!" C'est vertigineux! Mais tellement vrai. En Australie depuis des siècles, des gens chantent les rêves, pour que le monde existe... Chercher dans les aubes sinistres la matière d'un contresens qui ralentirait la fuite et la chute la géographie des rêves ne suit pas son cours naturel : dans la percée du trajet d'images emportées où se lisent de vieux symboles, il y a détournement, de fonds, de voix, d'intentions malveillantes que le temps n'a pas cicatrisé s'éveille alors l'inventivité du dormeur qui dessine en relief la carte de...
Il n'y a aucun évènement de la vie sociale qui, plus que le deuil, suscite des rituels et des rassemblements d'individus pour affermir la convention permettant à la vie, une fois ceux ci accomplis, de reprendre son cours normal et mouvementé. Tant que le mort est encore présent, la mort arrête le temps, suspendu en un point d'exclamation incrédule, douloureux, ou révolté, que le passage par un autre espace temps, celui du rite, permet de dépasser. Je ne sais pour quelle raison ces questions m'ont toujours fascinée. Quand j'étais en fac de psycho, j'avais rédigé mon mémoire de fin de licence sur...