s'il fallait qu'un seul jour nous ramène à l'histoire s'il fallait que l'histoire brûle jusqu'à nos mains s'il fallait que le ciel soit séparé de l'eau s'il fallait que le temps n'attende plus aucun geste et que nos gestes ignorent de quoi se meurt le temps s'il fallait ne rien dire ou bien changer de mots s'il fallait que le jour indécis retienne sa clarté bien au delà, bien en deçà s'il fallait que seul le gris nous reste comment parlerais tu des mille soleils ? mémoire d'Hiroshima - 9 octobre 2015
En face de l'Ile Longue (29), siège de la force nucléaire française
car c'est à l'eau qu'il fallut, comme toujours, revenir - à l'appel du fleuve - à la sinuosité tranquille du sable, de la terre et des joncs laisser passer - laisser venir l'eau qui décide où faire le lit, où coucher - ou ne plus revenir il y eut cette eau du père - qui pouvait être le chemin - celui où l'on ne rencontre pas - où l'on dérobe ses regards - pour être ce tracé qui lâche, abandonne - et qui a tout connu courant d'une ère achevée qui tourne le dos à la mer - au retour et aux sources, de même - pour être le passage, le passeur, et le passant mais du passé rien ne s'en dit - car - tout...
Barques à peine étoilées de nuages où l'eau reprend ses droits et murmure au passage il n'y a plus de temps, plus de vent pour finir le voyage
(bords de Loire-2015)
au large des eaux calmes les arbres sont lavés de leurs ombres de feuilles de leur sève en rameaux ne restent que les lignes de vieilles déchirures et l'essence et la peau d'où naît un autre fleuve
(bords de Loire-2015)
22 juillet - vers l'ile d'Eubée un vent de lumière, et la force du cyclope imaginé, bientôt soulèvent en cadence un grand émoi d'eucalyptus et de poussière l’œil te regarde, en deçà des iles égarées sur la moire du volcan il reste un peu de temps, beaucoup de cendres et l'acidité qu'une paupière archaïque a posé sur la vague 23 juillet - Karystos ce que disent les cigales : les nombres cachés et l'insistance des bourreaux, de leurs élytres coupantes, hacheront le soleil en myriades d'éclats le chemin est long jusqu'à la vérité du zénith on danse malgré tout sur les brasiers, et l'on fait tournoyer...
D'abord, il y a la chaleur cuisante. Non, d'abord il y a la douceur chantante de la langue. Non, d'abord il y a les chiens, abandonnés au cœur de lieux abandonnés. Alors ? je commençais par les cigales. Autant de cigales ? jamais entendu. Elles font crisser les oliviers, les murs, les tags, les amphithéâtres, les jours, les nuits. Elles accompagnent la marche des allées perdues. Celles d'hier. Celles d'aujourd'hui. Sur l'Acropole, une hellène enthousiaste nous révèle que l'aura universelle du Parthénon depuis 25 siècles n'émane pas de ses colonnes, de son marbre, de son architecture, mais de la...
c'est l'ombre de l'épaule et la ténacité du parcours qui ne cesse de retourner à sa source c'est un arrondi de mémoire où chacun se renferme sans poser de questions malgré les déchirures, les amertumes, les songes creux et puis encore, encore, le chemin des bras retient le berceau et la terre où s'est fiché le temps, où s'est fiché le camp des vagues scélérates, qui joignent leurs sillons durcis au dessus du naufrage un espace labouré dont on ne sait s'il coule ou s'il demeure, de loin en loin, d'os en os de sang noir en sang noir dont la couleur n'a rien à faire sinon une monnaie donnée au sacrifice...
le rivage sans fin qui s'enclot en-lui même, par quel mystère ? c'est l'île qui le raconte, entre goulet et grand large, entre boue et clarté entre elle et moi c'est toute une histoire une histoire d'ex, d'amour tombé pointu, recommencé, revenu, reparti dans un craquement de cicatrices une histoire d'île, une histoire à tire d'aile, un chahut d'oiseaux gris liberté d'un seul pied quand l'une tourne en rond que l'autre tourne court une seule île, une seule aile, pour rêver à moitié à mon Aix qui revient de très loin
voyage à l'île d'Aix (Charente Maritime) mai 2015
petit poème paranoïaque on dit que les sages et les fous aiment le désert, assujettis à la pauvre poussière du minéral on dit que nous faisons mourir à petit feu ce qu'ils appellent diversité on dit que les forêts grimacent de sortilèges assoiffés on dit des mots à voix secrète suintant des luttes sans merci entre la voracité du Vert et nos appétits d'autres règnes ah ! moi je dis que tant de vert nous empoigne et nous déborde, qu'il fait naitre des bras menaçants au bord de nos sentiers qu'il balance à la dérobée des tentacules de vampire contrarié et des impatiences ricanantes je cherche le silex,...
Franck du Togo
personne n'écrira ton nom dont je me souvenais à grand peine je ne serai pas là pour jeter sur ton linceul une poignée de la terre rouge de Sarakawa l'étoile noire sur ta tête a rattrapé le malheur, jusqu'à te briser le cœur en plein milieu du jeu, en plein milieu du jour tu étais l'ami dans les ténèbres lointaines et la rage des lendemains qui ne chantent jamais mais aussi, tu étais le grand rire, la haute taille et les mots faits pour porter une espérance fantomatique et toujours reculée jusqu'à ce que tu tombes, et que la paix tombe avec toi, qu'elle t'enveloppe et te couche en...
Même ceux qui n'existent plus, même ceux qu'on a réformés Comme cet ancien "trans-corrézien" qui relia pendant une cinquantaine d'années Tulle à Ussel j'aime les trains par atavisme, ou par besoin de voyageuse qui emporte avec soi des wagons de projets emmêlés j'aime les rails, les aiguillages, les gares, les quais encombrés de sanglots en dépit d'autres trains qui brisèrent tout espoir de retour j'aime les paysages réécrits par ceux qui creusaient les montagnes, enjambaient les torrents, étayaient les dunes en ouvrant des voies incertaines où, coûte que coûte, il fallut s'engouffrer. j'aime encore,...
Je commencerai par trois citations des dernières femmes qui ont eu le Nobel de la Paix Malala Yousafzai (Pakistan) 2014 "Les talibans sont contre l’instruction parce qu’ils pensent que lorsqu’un enfant lit un livre, apprend l’anglais ou étudie la science, il s’occidentalise. Mais moi, je dis : « L’instruction, c’est l’instruction. Nous devons tout apprendre et choisir ensuite quelle voie nous suivons. » L’instruction n’appartient ni à l’Occident ni à l’Orient, elle appartient à l’humanité." et encore ceci : "Pourquoi les pays qu'on dit puissants sont-ils si forts à provoquer des guerres, mais si...
Que les vœux soient toujours meilleurs, je n'en doute pas... même si je ne sais ce qu'ils doivent outrepasser: les frontières de l'instant ou l'espace d'une heure échappée ? le temps d'un regret ou le vent du changement ? meilleurs qu'avant ? meilleurs que demain qui n'existe pas ? Le meilleur vœu, qui tombe à point nommé, n'a pourtant pas de nom juste un sillage de chaleur et d'odeur pour rappeler à grands cris une brève illusion de l'immortelle randonnée ou la puissance qui lirait nos destinations ou le rire qui m'offre cette seconde sans se tromper car j'ai bien peur que mes vœux soient plus...
béant clair de lune sous la peau des arbres noirs Orion s'est figé il reste le vent pour chanter des mots glacés d'encre et de sommeil
la lune d'hiver tremble à la croisée du rêve œil blanc dans un puits fuyant, le nuage arrache un lambeau de lune au masque du soir