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NADA Mémoire vive de mes voyages, poèmes, œuvres, idées. Partages de hasard pour un art engagé.

poemes

Inconnu

dominique dieterlé
Inconnu
Inconnu

"au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau"... J'ai toujours aimé ce vers de Baudelaire, toujours eu envie de remercier par avance l'inconnu auquel je venais me frotter. Je ne parle pas ici d'un homme, ni même de quelqu'un en particulier, mais de tout ce qu'on ne sait pas, qu'on n'a jamais vu, qu'on ne reverra jamais... de tout ce qui peut arriver ! je parle du fragile, du précaire, de l'instable et du déséquilibré, qui balayent nos vies encombrées, enserrées dans leurs armures trop prévisibles je parle du voyage "à ma façon" qui n'est pas seulement la découverte d'un autre, des autres, de l'Autre,...

Fin du voyage

dominique dieterlé
Fin du voyage
Fin du voyage

Aéroport à six heures du matin dans les toilettes du terminal trois de l'aéroport de Roissy il y a tout l'or noir des sables d'Arabie posé sur la cuvette il y a un torrent de fraicheur conditionné aux tournoiements d'un soleil calciné il y a une feuille d'arbre mort volé au comble du désert pour torcher nos trop pleins d'abondance il y a une source prisonnière qui aspire en dessous le riz des affamés il y a chrome et nickel, froideur de mines avec lesquelles rien ne s'écrit il y a mes mains qui font couler la terre rouge de Kara dans l'égout de la Seine il y a sur mon visage sans sommeil un dégout...

Etre / mouvement

dominique dieterlé
Etre / mouvement
Etre / mouvement

le brassage des eaux profondes fait remonter le temps que les puits d'ombres ont avalé bouger bouger et ne pas se demander si être c'est être quelque part ou être de quelque part ou être quelque chose ou quelqu'un mais cadencer le mouvement mécanique talon après talon roue après roue qui ne se posent jamais celui qui marche n'a pas mal seule l'immobilité révèle douleurs et raideurs et l'on cherche à rattraper sans lassitude ce qui fuit au delà où le matin est sans cesse assuré sur l'horizon d'un soleil de glace que l'on sait impossible et qui pourtant nous illumine je marche et cours en vie parce...

Poèmes du fleuve (Casamance)

dominique dieterlé
Poèmes du fleuve (Casamance)
Poèmes du fleuve (Casamance)

lent miroir du fleuve veiné des chemins d'éclairs que les algues rêvent rives de métal où s'inversent les échos de nos voix de fête Fleuve Casamance

Départ

dominique dieterlé
Départ
Départ

Quand le voyage commença-t-il ? dans le désir? dans le projet? dans l'impatience du paquetage qui fait basculer le réel d'aujourd'hui à ce que je serai demain ? je me charge le moins possible, réduisant l'imaginaire au strict minimum. ne rien savoir, seulement se laisser surprendre le moment venu je ne quitte pas, je m'éloigne à un moment on part, à un autre moment on arrive, le temps se succède à lui même, mais moi je reste moi dans le premier train je couperai les fils un à un, visiblement mais je resterai attachée, invisiblement, pensant déjà au retour, à l'après cela me fâche un peu et puis...

Fragments

dominique dieterlé
Fragments
Fragments

on ne sait pas toujours si la fleur est entière si le jardin est là si l'éclat du sang avive ou non ce rose d'artifice qui fait défaut à nos réalités on ne sait rien de la minute ni de la main qui tient l'objectif ni de l’œil ni du désir sinon que mon sang ma main mon ragar sont noyés dans ce calice où je bois où je bois à la santé de qui de quoi ?

En mai dis ce qu'il te plait

dominique dieterlé
En mai dis ce qu'il te plait
En mai dis ce qu'il te plait

je suis livre ouvert assignée à bout portant sans réserve aucune à douze ans des saules bleus plein la tête elle les a coupés en forme de cheveux pour cesser de pleurer

Sous l'écorce des pierres

dominique dieterlé
Sous l'écorce des pierres
Sous l'écorce des pierres

".... Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières, Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres!" Gérard de Nerval, "vers dorés" extrait des Chimères je ne suis pas panthéiste, ni théiste de quoi que ce soit d'ailleurs mais, comme aux beaux jours de mai 68 on criait: "sous les pavés, la plage !", toujours je suis saisie par les manifestations d'une puissance naturelle sous les artifices de nos constructions ce matin là, frais et beau, un arbre terrassé avait fait son lit de sciure rouge aux cotés du fleuve sable, désert, monde miniature qui livrait des racines serpentines à nos rêves...

Hiéroglyphes

dominique dieterlé
Hiéroglyphes
Hiéroglyphes

sur le bord du quai, lignes grises colonnes de chair embrassées les amours chiffrés s'éternisent en codes et en regrets noyés sur les bords de Seine, les arbres creusés de messagerie éternelle

Insignifiance

dominique dieterlé
Insignifiance
Insignifiance

" peu à peu mais aussi à grands à-coups il m'a été donné de vivre oh! quelle affaire insignifiante" Pablo Neruda je disais samedi soir pour une vingtaine de spectateurs attentifs cette phrase de Pablo Neruda, extraite de son recueil "mémorial de l'ile noire" publié à 60 ans c'est aussi mon âge un moment de retour sur soi même, pour entrer dans la vieillesse, et chercher le sens peut être insignifiant ne veut pas dire inutile ou misérable, mais seulement qui ne trouve pas la direction, la distance, et la finalité du voyage ainsi de tout voyage entrepris dans tel but et qui aboutit sur des rivages...

Tombée de l'arbre

dominique dieterlé
Tombée de l'arbre
Tombée de l'arbre

sans bruit sans remords à neuf heures et huit minutes j'ai lâché le monde

Gris

dominique dieterlé
Gris
Gris

mon langage cette fois ne sera ni blanc ni noir il empruntera la constance étale de la rencontre mer et fleuve au flegme apparent sous le dos lissé du soir les désirs de l'autre et de l'un jouent à secouer l'entraille du silence pas de vent pas de vague pas de rumeur froissée juste la puissance contradictoire des énergies qui viscèrent l'une en l'autre le droit au recul et à l'abandon l'air salin spirale en fumée grise l'eau revient douce avec son rire de métronome que manque-t-il à nos yeux de ne pas voir ? nous diront-ils qu'on ne peut vivre sans passion ?

8 mars (2010) / les corps

dominique dieterlé
8 mars (2010) / les corps
8 mars (2010) / les corps

Nous avons fait hier à Concarneau (29) un défilé d'anti mode qui s'est appelé "belles mais harnachées" dont voici mon poème de présentation... Corseter, entraver, baleiner, aiguiller, bander, pincer, brider, lacer, peser, marquer, serrer, visser, fermer, ceinturer, ... Tout ce que le vocabulaire imagine comme lié au supplice a été utilisé pour la toilette des femmes. Parce qu’ainsi harnachées, telles des pouliches qu’on mène à la saillie, à bout de souffle et de résistance, elles ne risquaient pas de s’échapper, de se sauver, de s’enfuir, de divaguer, de courir, cavaler, balader, danser, baguenauder,...

Une enfance

dominique dieterlé
Une enfance
Une enfance

il me revient la maison froide où je vivais nue parmi les ombres des mortes dormant dans les placards parfois elles sortaient du miroir et le diable cognait en croches contre les murs frappés d'interdit dans la chambre en torsade la sourdine était de rigueur sur le sépia des chevelures j'avais un an, dans la chambre de l'arrière-grand-mère

Neige lointaine

dominique dieterlé
Neige lointaine
Neige lointaine

l’œil effaré cadre et vide et ronge et verrouille la porte du soir le vent claque blanc au carré froid des fenêtres à seule fin de quoi ?

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