Europe du nord Mai 2022 Ce qui se rencontre, et ce qui se raconte. ce qui étonne, et ce qui interroge ce qui est là, et ce qui se devine l'image, l'histoire, la confrontation, La question des mondes incertains que les villes déplient sur leurs carapaces d'artifices la beauté de l'inattendu
Brême - 1er Mai, juste un peu de rouge
Berlin - tout est possible ?
Hambourg - palmiers en plastique, grues, statue de Bismarck
Utrecht - le mélange des genres (cathédrale, canal) - Prague - jardin du Sénat
Hambourg - Auberge de jeunesse dans le quartier Sankt Pauli
Rotterdam - sur les quais, oiseaux de fer,...
Europe du nord Mai 2022 Le nom de Prague résonnait d'un passé meurtri de chars, de printemps écrasé, de douleurs insoutenables. J'étais nourrie des films qui fleurissait dans l’espérance, c'était l'année de mes 19 ans. le nom de Prague était Bohème, il devenait l'état de lieux qu'il fallait parcourir pour une vie sans complaisance et sans objet. le nom de Prague était Moldau, dont les accents emportés avaient fixé le tracé d'un fleuve musical toujours ami. et puis il y eut la gare encombrée de bus, les échangeurs désordonnés, les immeubles roses et les foules animées il y eut la Vltava aux rives...
Europe du nord Mai 2022 Bus de nuit vers la Scandinavie, il y a quelques années, lueurs nocturnes et briques alignées. Ce fut Hambourg, vite traversée. Nouveau départ pour retrouver ce jour les canaux glauques, le port immense, l'attirance du lointain. Car les villes ne parlent pas, elles appellent. Leur débit de sirène est calibré par le grincement des grues et l'espace contraint du béton. Mais il y a toujours une eau qui sommeille, ou rutile. Un fleuve. Chemin d'où la ville s'élance sans compter, sans briser aux méandres arrondis les lignes cadencées de ses architectures, ou les couleurs arrogantes...
Europe du nord Mai 2022 la ville qu'on voit, la ville qu'on cache, et celle qu'on se raconte la ville qui sombre à la limite des anciennes splendeurs et s'éloigne vers la mer oubliée les habitants sont loin du jour, les passants ne passent plus il reste ce qu'on a cherché, là-bas, au delà des nuages noirs, au delà des voies perdues, au delà des friches et des remords un espoir de marée qui ramènerait les fêtes musiciennes et la danse des quais retrouvés
Europe du nord Mai 2022 parce que nous aimons ce que nous construisons parce que nous ignorons ce que nous détruisons parce que. c'est un port sous l'envol du béton une aire de l'inutile un florilège de boites empilées c'est un port et c'est encore un rêve comme nous les voulons rêves légers qui n'écrasent jamais les berges asservies rêve de beauté car nous aimons ce que nous questionnons car nous aimons ce que nous détruisons tout nous emporte tout nous retient quand même parce que c'est de nous et de nos mondes trop humains
port de Rotterdam Avril 2022
Europe du nord Mai 2022 ceux qui partent ceux qui restent tous les mêmes à vouloir rattraper le temps qui fait sa malle où l'on n'emporte rien que des illuminations, des chimères, des regrets et puis il advient le grincement d'un train sur les rails infinis et le bout de la route où l'on n'arrive jamais, dont on ne revient pas c'est comme ça !
un voyage en Europe du nord - avril - mai 2022. Bercy - Rotterdam - Duisbourg - Hambourg- Retour- Montparnasse
ils sont là, ils dansent le rythme et la voix du griot emportent la tiédeur tout bouge mes pieds à moi : immobiles mon corps : figé ce qui bouge est en-dedans montée de voix aériennes, couches empesées de silences qui craquent et s’élèvent feuilles à feuilles, et tourbillonnent au-dessus des scènes de lumière, des sons amplifiés, des gestes et de la joie là-bas, mes villages n’étaient que flutes acides, tambours minuscules, maigres chants de savane oubliée la musique était pour la liberté, la danse pour un bol de maïs, si petites malgré tout la poussière rouge tombe sur la paupière, et lève un...
musiques tournantes ou fumées acides mots lâchés du mépris ou du silence flâneries des oiseaux souverains ou poussière de villages chaque jour aspiré s'envole vers l'ailleurs car il y a là bas tout ce qui n'est pas nous tout ce que nous ne voulons pas de nous s'il est possible alors croquer le vent des arcs en ciel voler de ports en ports droit sur le Nord ou méandres des routes chercher la faille et la teneur des terres déboussolées chercher encore plus loin (dessins Inktober 2021)
inktober 2021
la masure ruinée qui nous cadre n'est pas une masure c'est la grange qui abrite nos vacances ça n'empêche pas l'élégance - dit ma mère - qui nous gante et chapeaute de frais pour le dimanche à l'église du village, puis le repas à "l’hôtel du cheval blanc" c'est le mois d'août 1955, il ressemble à ceux qui ont précédé, et croyons-nous, à tous ceux qui suivront les maisons s'écroulent, disparaissent, comme toutes les maisons, comme le temps qui reste inscrit dans les images glacées dont on ne sait rien lire juste fermer les yeux, juste l'odeur d'herbe sèche, la paille des matelas, la flamme vacillante...
je dis Fleuve, Majuscule, je dis rêve embarqué sur un temps qui se fait déjà loin je dis qu'il faut aimer le monde, tout le monde, avant de le connaître je dis que la mère des fleuves est mère et profondeur du rêve je dis que mon désir s'est aliéné avec le monde fou, puis s'est lavé, quelquefois, de ses bruyantes salissures et qu'il m'a transporté sur les eaux, les racines, les insectes fouisseurs le creusement et l'offrande, de ce petit bateau qui s'écoulait, tranquille sur le Fleuve AMAZONE
de Yurimagas à Iquitos, et d'Iquitos à Tamshiyaku (Pérou amazonien)
Mon ami Schubert, j'écoutais ton quatuor N°13 en la mineur, et ma main courrait sur le papier pour gribouiller des sons noircis venus des profondeurs. Que j'ai voulu graver, comme ta musique, gravée, attachée aux cordes étendues que tu fais vibrer depuis le sombre néant. En mode mineur comme il se doit. émergence / fracture / os point de fortune et d'infortune frappe le temps / pique l'ombre des pleurs des espaces des retours le corps ténu émerge des marais / vers le haut / vers le haut le ciel marche de cheveu en cheveu parvient au bord de la pauvre caboche / de la pauvre douleur/ et de l'obstination...
Sous le regard des rêves sans nom pas de mensonge pas de vérité la matière étire la suspension du ciel et fige la seconde Mawurndjul, artiste Aborigène, le dit autrement, et je m'y retrouve pleinement : Nous ne peignons pas le corps réel mais son pouvoir. Nous peignons seulement l'esprit. C'est tout.
acrylique sur toile
Mais enfin, que dirons-nous de la stridence des aurores ? Mais enfin, comment atteindrons-nous le rideau de la suie et des épines ? Mais enfin, de quel élan combattrons-nous la résistance des murailles ? Et puis encore, que ferons-nous des espaces que la lumière déserte ? Au bout du temps, silencieusement, nous recoudrons, à points menus, le ventre d'une année mourante Et chercherons, s'il se peut Et chercherons, encore, L'enfantement d'un autre jour qui nous dirait : peut-être ? Et recommencerons Pour la beauté du geste Pour la beauté.