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NADA Mémoire vive de mes voyages, poèmes, œuvres, idées. Partages de hasard pour un art engagé.

poemes

Haïku de printemps

dominique dieterlé
Haïku de printemps
Haïku de printemps

souvenir du gel le camélia vient au jour tout froissé de pluie éclosion de fleurs douceur grise de midi le vent est tombé un temps de jonquille un parfum d'herbe coupée le jour s'illumine ah! mon camélia constellé de bouches roses chanson de printemps j'ai vu ses couleurs enlacer le bleu de mars devant ma fenêtre

les cicatrices

dominique dieterlé
les cicatrices
les cicatrices

bijoux de temps que la peau éternise tatouages de guerres, d'amour, d'enfantement ou de refus les cicatrices font remonter à la surface les manœuvres de l'invisible elles écrivent le cahier sans fin du jour et de la sueur en reliefs d'ornements que le cœur méprise, parfois. Qui saura lire ces traces enrubannées de peaux vives ? broderies et applications sur tissu, encres et pastels

Présent(s)

dominique dieterlé
Présent(s)
Présent(s)

Maintenant. Cadeau éphémère de la seconde traversée Maintenant. Rien ne tient que le seul désir d'être Un présent de sable qui vaut son pesant d'or. Présent. Échange. Larme sur le carreau pour arrondir le ciel Souffle d'air en équilibre d'inspiration. Soixante fois par minute. Ou plus ou plutôt moins. Sans s'arrêter pourtant. Sans vouloir plus que l'égalité du silence avec le tohubohu des douleurs arrachées Le présent n'est pas un vœu. Il ne parie pas sur l'avenir. Il est passé sans bruit. A laissé le matin ouvert sur d'autres questions, d'autres grains de sable en travers des machines, d'autres...

Entre les lignes

dominique dieterlé
Entre les lignes
Entre les lignes

Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Où l'on arrive, d'où l'on repart, la gare est espace protecteur, quasi maternel, en même temps que point aiguisé d'une toile où le voyageur glisse hardiment de fil en fil, au réseau de laquelle il accroche ses espoirs, sa curiosité et ses rêves de frontière. Qu'il espère bien trancher, dépasser. Ou ignorer. La gare n'est pas la parenthèse du voyage entre deux villes. Au contraire, le voyage se constitue de gares en gares face à la possible vacuité de la ville. On sait lire le quai, l'attente et déchiffrer les heures. Le voyageur a le temps pour lui. Le monde...

Novgorod

dominique dieterlé
Novgorod
Novgorod

Traversée de l'Europe - Octobre 2017 On entrait sous la pluie dans les remparts de Novgorod, kremlin rouge d'automne et de de terre cuite. L'église brillait au dessus des fresques écaillées. Comme partout, comme toujours, les foules s'empressaient autour des cierges et des icônes rutilantes. J'ai marché sur des chemins glissants à la lisière des murs. Je disais : Novgorod, comme une incantation brutale revenue de "la prose du transsibérien", mais c'était un autre Novgorod, un autre voyage, un autre temps. Sur des estrades instables, nous sommes restés figés longtemps dans l'attente du coeur joyeux...

La valise

dominique dieterlé
La valise
La valise

Traversée de l'Europe - Octobre 2017 La valise est là. Compacte et rationnelle. Cerclée de vide et d'inconnu. Qui se pose. Un volume rassurant de désirs bien ordonnés, de chemins sans accrocs, de villes souterraines où l'on ne sait pas vivre seul, dans la nudité de l'instant. Où l'on se retrouvera chargé de soi, malgré ce bouillonnement d'espérances légères. La valise est là. On voudrait l'oublier, partir sans attaches et sans poids. Elle ne dit rien. Elle empile au carré des tenues de réserves et des suspicions d'humeurs changeantes qui sont autant de mots silencieux. Je me penche. Elle chuchote...

Caillou, chou genou ... etc

dominique dieterlé
Caillou, chou genou ... etc
Caillou, chou genou ... etc

ce caillou dans la mare ce caillou y'en a marre t'as la dent dure, tu sais pourquoi ? moi, je n'sais pas caillou qui s'aventure sur des sables mouvants gros caillou qui fout l'camp caillou qui s'fait la malle qui voyage en plein ciel peut être après la chute d'une planète poubelle caillou de temps en temps comme autrefois ce cerveau blanc inachevé ou pétrifié laisse le, laisse-le tomber là où il veut !

Chemins d'aiguille

dominique dieterlé
Chemins d'aiguille
Chemins d'aiguille

Les femmes à l'aiguille devinent les piqûres de nos hésitations où les petits pas petits points recouvrent les bouillons de vagues envolées. Les oripeaux de soi perdus sur les chemins parfois dansent encore avec exubérance parfois restent cousus aux boucles de leurs vies tissus, broderies ... et autres objets

Relâche

dominique dieterlé
Relâche
Relâche

Elle a dit : maintenant, je laisse, je file, j'arrondis le vide autour de moi. Je cesse de vouloir. C'est maintenant la plongée sans le remords, la scène qui s'effrite sous la pluie. Le petit théâtre est emporté à toutes jambes et les bouts au dessus font une forêt de lianes incontinentes, dessous, la voilà qui flotte comme le grand lys blanc d'Ophélie dans l'eau tiède et vaseuse de l'oubli. Maintenant c'est un rond de projecteur sur le cirque de velours et du sable, et des mots de sable coulent doucement tout autour de la lumière qui crisse. il n'y a plus de sens, plus de vent, et donc, plus de...

Digitale

dominique dieterlé
Digitale
Digitale

Juste un doigt de rose, comme l'aurore du vieux sage ? comme le temps pressé qui cache bien sa griffe ? un doigt de vent captif ? un semblant de décence ? Ah, mais, non ! Un doigt d'horreur, un doigt d'honneur pour nous pauvres vivants, mouchetés d'inconstance

Nuit blanche

dominique dieterlé
Nuit blanche
Nuit blanche

(lambeaux de mémoires post-mortem) ce que je vois du monde à présent ce que je vois du monde je l'ai appris de l’aube qui étire ses bras de laine et les fils tricotés des brumes ralenties que je dévide à ne savoir qu'en faire, des étoiles tombées du halo d'un matin comme les autres je ne comprends pas ce qu'il raconte à la lune je ne peux pas boire à la source tarie. Je demeure au seuil du mystère et du jour qui renaît sans savoir pourquoi. Lui non plus. collages papiers, objets, techniques mixtes

ma vie d'artiste (8)

dominique dieterlé
ma vie d'artiste (8)
ma vie d'artiste (8)

Main gauche ...après l'exposition "Henri Michaux Face à Face" au centre Wallonie- Bruxelles à Paris (face à Beaubourg) Me souviens de ces jours où je la découvrais, puis l'oubliais, la retrouvais ici et là, pour une chanson fredonnée (Danielle Messia), pour un poète qui la tirait du néant droit (Henri Michaux), pour un philosophe contrarié (Michel Serres), pour un jeu d'amputé qui nourrissait la scène. "Gauche" et "maladroite" : voilà bien de ces mots assenant une vérité calibrée qui ne souffre pas de lenteur, de virages et de brusques dérapages. Un brevet de bonnes raisons, où s'enlise l'autre...

Mémoire sur le fil

dominique dieterlé
Mémoire sur le fil
Mémoire sur le fil

à la mémoire des enfances cousues de fil blanc, où l'on traçait sur les cahiers de grands signes en bataille et tout au bord des dentelles fripées d'autres histoires, une poussière de diables et d'anges retenaient nos alarmes, le temps qu'il lui fallait c'était peu de chose, en somme, que ces chiffres minés sous les morts venus d'on ne sait où il n'y avait pas de revers au col fermé des mâchoires de papier juste une flamme, juste un éclat, malgré les gros points du mensonge qui faufilaient nos tentatives d'évasion juste une vieillerie à la sortie de chaque placard maintenant que les dents sont...

Glissement

dominique dieterlé
Glissement
Glissement

Descendant l'autoroute qui court de Millau à Montpellier, se découvre en peu de temps un subtil changement de paysage dont on ne sait avec certitude s'il vient de l'air, de la terre, des couleurs ou des odeurs. On sait seulement qu'on a franchi un pas vers la Méditerranée, vers les cyprès, les garrigues, les vignes, les tuiles romaines qui ont pris la place des châtaigniers, des causses, des bergeries et des lauzes. Ces quelques kilomètres glissent insensiblement vers un espace qui ne parle plus le même langage. Je veux dire, le langage d'une mémoire que je m'efforçais d'oublier. Souvent, je me...

conversations secrètes

dominique dieterlé
conversations secrètes
conversations secrètes

Au temps des migrants, des malgré eux, des morts d'avant et de toujours, quelques mots, quelques traits pour contrer les absences Parce qu'il y a quelque part ce gouffre à l'embouchure masquée où coulaient les générations. Ce puits des morts où sont embusqués les secrets, les atomes, les successions qui l'ont faite et pétrie puis séchée comme calcaire au bord de l'étendue. Parce qu'elle entend chaque soir le claquement de dents qui soulèvent les pierres tandis qu'elle les retient. À ce moment, c'est une douleur d'aiguille annonçant des urgences qui n'en sont plus depuis longtemps : Course en silence...

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