Maintenant. Cadeau éphémère de la seconde traversée Maintenant. Rien ne tient que le seul désir d'être Un présent de sable qui vaut son pesant d'or. Présent. Échange. Larme sur le carreau pour arrondir le ciel Souffle d'air en équilibre d'inspiration. Soixante fois par minute. Ou plus ou plutôt moins. Sans s'arrêter pourtant. Sans vouloir plus que l'égalité du silence avec le tohubohu des douleurs arrachées Le présent n'est pas un vœu. Il ne parie pas sur l'avenir. Il est passé sans bruit. A laissé le matin ouvert sur d'autres questions, d'autres grains de sable en travers des machines, d'autres...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Où l'on arrive, d'où l'on repart, la gare est espace protecteur, quasi maternel, en même temps que point aiguisé d'une toile où le voyageur glisse hardiment de fil en fil, au réseau de laquelle il accroche ses espoirs, sa curiosité et ses rêves de frontière. Qu'il espère bien trancher, dépasser. Ou ignorer. La gare n'est pas la parenthèse du voyage entre deux villes. Au contraire, le voyage se constitue de gares en gares face à la possible vacuité de la ville. On sait lire le quai, l'attente et déchiffrer les heures. Le voyageur a le temps pour lui. Le monde...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 On entrait sous la pluie dans les remparts de Novgorod, kremlin rouge d'automne et de de terre cuite. L'église brillait au dessus des fresques écaillées. Comme partout, comme toujours, les foules s'empressaient autour des cierges et des icônes rutilantes. J'ai marché sur des chemins glissants à la lisière des murs. Je disais : Novgorod, comme une incantation brutale revenue de "la prose du transsibérien", mais c'était un autre Novgorod, un autre voyage, un autre temps. Sur des estrades instables, nous sommes restés figés longtemps dans l'attente du coeur joyeux...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Beaucoup de gens disaient : "c'est une ville qui m'a tant fait rêver". Je ne savais pas pourquoi. Rêver de quoi ? de l'Hermitage et de ses fabuleuses collections ? de la Neva et de ses ponts levants ? des palais de tsars et des perspectives monumentales ? Non, je ne savais pas. Alors, j'ai pris la ville comme elle me prenait : à froid, à bras le corps, et pied à pied. Le long des quais, des escaliers, des églises innombrables, des dorures affolantes, des cimetières et des cours oubliées. J'ai apprivoisé, sans rien dire, cette sorte de Paris (moi la parisienne,...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Au matin, sur le pont du Viking Lines, Helsinki s'annonce claire et froide, dédale et archipel, îles sous le vent polaire. Les passagers par centaines se dispersent en un instant, j'y entre presque seule, remontant à pied des avenues de briques, où mon chemin inscrit déjà tout un mystère. Je me souviens du soleil oblique, du port désert, du bois de feuilles mortes, et de la chambre blanche où une fille aux cheveux pâles m'accueille en silence. Vers le soir un ourlet de nuages se déchire en un moment bleuté aveuglant de lumière. Je n'y comprends rien! Le lendemain,...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Le train file à travers un paysage de lacs, de bouleaux, de maisons rouges. Depuis Malmö la grisaille s'effrite peu à peu. Stockholm s'annonce dans un ruissellement d'or pâle et de cuivre que rien ne vient démentir. Elle est la lumière du premier froid, le Sud et le Nord tout ensemble réconciliés dans le chaudron automnal. La grande ville s'étend sur un archipel escarpé où la carrure des bâtis cède à la mer et ciel, cède au miroir des îles de feuillages. Elle offre la solidité insolente d'un assemblage où tout semble soudain trop grand, mais la grandeur n'écrase...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Parmi les multiples plans d'eau et bras de mer entourant Copenhague, il est un lieu particulièrement célèbre depuis presque 50 ans : la ville libre de Christiania, créée par des hippies et squatters en 1971 sur un ancien terrain de l'armée, et qui revendique toujours, depuis lors, son statut libertaire, défini par une charte encore en vigueur : «L'objectif de Christiania est de créer une société autogérée dans laquelle chaque individu se sent responsable du bien-être de la communauté entière. Notre société doit être économiquement autonome et nous ne devons...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Passé Odense, la lumière est aussi brumeuse que mon cerveau fatigué par une nuit de bus. Le détroit est un plan de mousse pâle pointillé ça et là de rayons blafards. Se peut-il que les yeux réinventent le paysage à l'aune de leur état mental ? Copenhague se déploie en un fouillis de cyclistes et de tranquilles piétons. Un village de familles recomposées et multicolores qui brassent leurs différences, sans ostentation, mais avec persévérance. Je le constaterai plus tard dans le parc urbain du quartier de SuperKilen, où les quelques 50 nationalités qui vivent...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 La valise est là. Compacte et rationnelle. Cerclée de vide et d'inconnu. Qui se pose. Un volume rassurant de désirs bien ordonnés, de chemins sans accrocs, de villes souterraines où l'on ne sait pas vivre seul, dans la nudité de l'instant. Où l'on se retrouvera chargé de soi, malgré ce bouillonnement d'espérances légères. La valise est là. On voudrait l'oublier, partir sans attaches et sans poids. Elle ne dit rien. Elle empile au carré des tenues de réserves et des suspicions d'humeurs changeantes qui sont autant de mots silencieux. Je me penche. Elle chuchote...
ce caillou dans la mare ce caillou y'en a marre t'as la dent dure, tu sais pourquoi ? moi, je n'sais pas caillou qui s'aventure sur des sables mouvants gros caillou qui fout l'camp caillou qui s'fait la malle qui voyage en plein ciel peut être après la chute d'une planète poubelle caillou de temps en temps comme autrefois ce cerveau blanc inachevé ou pétrifié laisse le, laisse-le tomber là où il veut !
Trop de noir nuit On me disait : "ce que tu écris, ce que tu montres, ce que tu joues, c'est la tristesse, c'est la colère du monde. Pourquoi n'écris-tu pas la joie, la paix, l'insouciance ? " Je répondais - avec cynisme - "Ah oui, montrez les moi. Ah oui, que je vienne vers elles, et mes mains se tendront jusqu'à les reconnaitre" Non, c'est autre chose. Si l'artiste ne fait que reproduire la beauté à l'état de nature, à qui, à quoi servira-t-il ? La réalité n'est-elle pas infiniment plus riche, plus étonnante, plus machiavélique aussi, que ce qu'il peut concevoir ? ( il y a plus de choses dans...
Les femmes à l'aiguille devinent les piqûres de nos hésitations où les petits pas petits points recouvrent les bouillons de vagues envolées. Les oripeaux de soi perdus sur les chemins parfois dansent encore avec exubérance parfois restent cousus aux boucles de leurs vies
tissus, broderies ... et autres objets
Elle a dit : maintenant, je laisse, je file, j'arrondis le vide autour de moi. Je cesse de vouloir. C'est maintenant la plongée sans le remords, la scène qui s'effrite sous la pluie. Le petit théâtre est emporté à toutes jambes et les bouts au dessus font une forêt de lianes incontinentes, dessous, la voilà qui flotte comme le grand lys blanc d'Ophélie dans l'eau tiède et vaseuse de l'oubli. Maintenant c'est un rond de projecteur sur le cirque de velours et du sable, et des mots de sable coulent doucement tout autour de la lumière qui crisse. il n'y a plus de sens, plus de vent, et donc, plus de...
Juste un doigt de rose, comme l'aurore du vieux sage ? comme le temps pressé qui cache bien sa griffe ? un doigt de vent captif ? un semblant de décence ? Ah, mais, non ! Un doigt d'horreur, un doigt d'honneur pour nous pauvres vivants, mouchetés d'inconstance
(lambeaux de mémoires post-mortem) ce que je vois du monde à présent ce que je vois du monde je l'ai appris de l’aube qui étire ses bras de laine et les fils tricotés des brumes ralenties que je dévide à ne savoir qu'en faire, des étoiles tombées du halo d'un matin comme les autres je ne comprends pas ce qu'il raconte à la lune je ne peux pas boire à la source tarie. Je demeure au seuil du mystère et du jour qui renaît sans savoir pourquoi. Lui non plus.
collages papiers, objets, techniques mixtes