Ce moment fragile ne dit pas s'il se joue en images sur - exposées d'avoir été trop retournées il ne dit rien de soi, sinon un "nous" qui se voudrait chantant, parlant , jouant, ou ...? il invite, s'il se peut, à quelques découpages dans le temps de l'hiver aujourd'hui c'est soleil, demain, les yeux seront lavés mais quelque chose attend qu'on ne veut ignorer
expo collective à Concarneau Lanriec
3 minutes de film à la volée pour dire des moments chauds qui surgissent comme par magie au cœur de l'hiver... les moments qu'on n'oublie pas, bien au-delà du tremblement des images successivement : ballade en moto sur la piste de Sarakawa fête des fouets à Pagouda danse Habyè à Saouda Lama pilage du fufu cascade de Bafilo toits de Lomé plage d'Agbodrafo
séjour au Togo en novembre 2015
je partis, comme toujours alourdie, de valises et de souvenirs inquiets, non pas du saut dans l'inconnu, mais d'un retour éprouvé qui fait naitre sur la peau une démangeaison sans objet, un fourmillement instable entre le trop connu, et l'impériosité de s'étonner qu'emporte le voyageur il n'y avait à craindre ni la brûlure des savanes, ni la sinuosité des liens, ni l'étrangeté à laquelle on m'assigne mais il fallut des jours pour digérer la passivité souillée de la ville incertaine il fallut fermer les yeux, retrouver les chemins d'odeurs, les sonorités de voix dans la persistance d'un émoi où...
des gens, des bras, des mains des mots pour le travail et la douleur des pleurs des détours, des ravins, des fouets, des couteaux des serpents de foule au bord des marigots kaolin, latérite, éclats de voix, tourbillons, couleurs poussière, identité, nous voilà renoués mais je ne danse pas, je glisse vers la pierre d'un chaos, d'un fétiche, vers le mystère moi, je ne danse pas, j'attends les bras, les mains, les gens d'autres pieds que les miens sur la cadence qui s'éloigne sur mon absence, sur mon silence ou bien, je n'attends pas, je me retourne, et c'est déjà fini
la danse Habyè à Saouda Lama...
Dans les montagnes de Kpalimé, les grands Kapokiers sont des pirogues verticales aspirées vers les confins on y respire la luxuriance d'une Afrique verte et douce démentie par le vol des lents oiseaux noirs en quête de souffrance les herbes chantent, les criquets se parent de bannières chatoyantes, les feuilles brillantes des "oreilles d'éléphant" se posent au dessus de nos têtes en larges parapluies et le vin de palme coule d'une source abattue en pleine espérance dans la maison de terre, un peintre saoul laisse avec dédain son caissier percevoir le prix de ses œuvres, comme si la négociation...
à la force des bras, deux heures durant, ils tirent le filet plus lourd que le poisson, plus long que la plage, plus traitre que les vagues ils chantent ensemble, pour une pièce, ou pour rien du tout et quelquefois reviennent avec de tout petits poissons, que les femmes font sécher au soleil
ou alors revenir et tomber dans ce puits de mémoire où tout d'abord, on n'a rien vu s'éveiller ou se rendormir, lequel des deux ? associer, dissocier, repartir. le jour n'est pas encore levé il faudrait, doucement, se retourner laisser les talons à la mesure des routes les regards à la mesure des arbres laisser la peau à la mesure de ses brûlures on ne sait plus quels sont les mots on oublie pour un temps qu'il fut un autre temps on s'attarde, on se retarde, on se perd, on se reprend il reste un peu de terre rouge incrustée dans les semelles elle parle, et puis se tait
le taxi moto
dans le taxi...
s'il fallait qu'un seul jour nous ramène à l'histoire s'il fallait que l'histoire brûle jusqu'à nos mains s'il fallait que le ciel soit séparé de l'eau s'il fallait que le temps n'attende plus aucun geste et que nos gestes ignorent de quoi se meurt le temps s'il fallait ne rien dire ou bien changer de mots s'il fallait que le jour indécis retienne sa clarté bien au delà, bien en deçà s'il fallait que seul le gris nous reste comment parlerais tu des mille soleils ? mémoire d'Hiroshima - 9 octobre 2015
En face de l'Ile Longue (29), siège de la force nucléaire française
car c'est à l'eau qu'il fallut, comme toujours, revenir - à l'appel du fleuve - à la sinuosité tranquille du sable, de la terre et des joncs laisser passer - laisser venir l'eau qui décide où faire le lit, où coucher - ou ne plus revenir il y eut cette eau du père - qui pouvait être le chemin - celui où l'on ne rencontre pas - où l'on dérobe ses regards - pour être ce tracé qui lâche, abandonne - et qui a tout connu courant d'une ère achevée qui tourne le dos à la mer - au retour et aux sources, de même - pour être le passage, le passeur, et le passant mais du passé rien ne s'en dit - car - tout...
Barques à peine étoilées de nuages où l'eau reprend ses droits et murmure au passage il n'y a plus de temps, plus de vent pour finir le voyage
(bords de Loire-2015)
au large des eaux calmes les arbres sont lavés de leurs ombres de feuilles de leur sève en rameaux ne restent que les lignes de vieilles déchirures et l'essence et la peau d'où naît un autre fleuve
(bords de Loire-2015)
22 juillet - vers l'ile d'Eubée un vent de lumière, et la force du cyclope imaginé, bientôt soulèvent en cadence un grand émoi d'eucalyptus et de poussière l’œil te regarde, en deçà des iles égarées sur la moire du volcan il reste un peu de temps, beaucoup de cendres et l'acidité qu'une paupière archaïque a posé sur la vague 23 juillet - Karystos ce que disent les cigales : les nombres cachés et l'insistance des bourreaux, de leurs élytres coupantes, hacheront le soleil en myriades d'éclats le chemin est long jusqu'à la vérité du zénith on danse malgré tout sur les brasiers, et l'on fait tournoyer...
D'abord, il y a la chaleur cuisante. Non, d'abord il y a la douceur chantante de la langue. Non, d'abord il y a les chiens, abandonnés au cœur de lieux abandonnés. Alors ? je commençais par les cigales. Autant de cigales ? jamais entendu. Elles font crisser les oliviers, les murs, les tags, les amphithéâtres, les jours, les nuits. Elles accompagnent la marche des allées perdues. Celles d'hier. Celles d'aujourd'hui. Sur l'Acropole, une hellène enthousiaste nous révèle que l'aura universelle du Parthénon depuis 25 siècles n'émane pas de ses colonnes, de son marbre, de son architecture, mais de la...
c'est l'ombre de l'épaule et la ténacité du parcours qui ne cesse de retourner à sa source c'est un arrondi de mémoire où chacun se renferme sans poser de questions malgré les déchirures, les amertumes, les songes creux et puis encore, encore, le chemin des bras retient le berceau et la terre où s'est fiché le temps, où s'est fiché le camp des vagues scélérates, qui joignent leurs sillons durcis au dessus du naufrage un espace labouré dont on ne sait s'il coule ou s'il demeure, de loin en loin, d'os en os de sang noir en sang noir dont la couleur n'a rien à faire sinon une monnaie donnée au sacrifice...
le rivage sans fin qui s'enclot en-lui même, par quel mystère ? c'est l'île qui le raconte, entre goulet et grand large, entre boue et clarté entre elle et moi c'est toute une histoire une histoire d'ex, d'amour tombé pointu, recommencé, revenu, reparti dans un craquement de cicatrices une histoire d'île, une histoire à tire d'aile, un chahut d'oiseaux gris liberté d'un seul pied quand l'une tourne en rond que l'autre tourne court une seule île, une seule aile, pour rêver à moitié à mon Aix qui revient de très loin
voyage à l'île d'Aix (Charente Maritime) mai 2015