Quand le voyage commença-t-il ? dans le désir? dans le projet? dans l'impatience du paquetage qui fait basculer le réel d'aujourd'hui à ce que je serai demain ? je me charge le moins possible, réduisant l'imaginaire au strict minimum. ne rien savoir, seulement se laisser surprendre le moment venu je ne quitte pas, je m'éloigne à un moment on part, à un autre moment on arrive, le temps se succède à lui même, mais moi je reste moi dans le premier train je couperai les fils un à un, visiblement mais je resterai attachée, invisiblement, pensant déjà au retour, à l'après cela me fâche un peu et puis...
on ne sait pas toujours si la fleur est entière si le jardin est là si l'éclat du sang avive ou non ce rose d'artifice qui fait défaut à nos réalités on ne sait rien de la minute ni de la main qui tient l'objectif ni de l’œil ni du désir sinon que mon sang ma main mon ragar sont noyés dans ce calice où je bois où je bois à la santé de qui de quoi ?
je suis livre ouvert assignée à bout portant sans réserve aucune à douze ans des saules bleus plein la tête elle les a coupés en forme de cheveux pour cesser de pleurer
".... Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières, Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres!" Gérard de Nerval, "vers dorés" extrait des Chimères je ne suis pas panthéiste, ni théiste de quoi que ce soit d'ailleurs mais, comme aux beaux jours de mai 68 on criait: "sous les pavés, la plage !", toujours je suis saisie par les manifestations d'une puissance naturelle sous les artifices de nos constructions ce matin là, frais et beau, un arbre terrassé avait fait son lit de sciure rouge aux cotés du fleuve sable, désert, monde miniature qui livrait des racines serpentines à nos rêves...
sur le bord du quai, lignes grises colonnes de chair embrassées les amours chiffrés s'éternisent en codes et en regrets noyés sur les bords de Seine, les arbres creusés de messagerie éternelle
" peu à peu mais aussi à grands à-coups il m'a été donné de vivre oh! quelle affaire insignifiante" Pablo Neruda je disais samedi soir pour une vingtaine de spectateurs attentifs cette phrase de Pablo Neruda, extraite de son recueil "mémorial de l'ile noire" publié à 60 ans c'est aussi mon âge un moment de retour sur soi même, pour entrer dans la vieillesse, et chercher le sens peut être insignifiant ne veut pas dire inutile ou misérable, mais seulement qui ne trouve pas la direction, la distance, et la finalité du voyage ainsi de tout voyage entrepris dans tel but et qui aboutit sur des rivages...
mon langage cette fois ne sera ni blanc ni noir il empruntera la constance étale de la rencontre mer et fleuve au flegme apparent sous le dos lissé du soir les désirs de l'autre et de l'un jouent à secouer l'entraille du silence pas de vent pas de vague pas de rumeur froissée juste la puissance contradictoire des énergies qui viscèrent l'une en l'autre le droit au recul et à l'abandon l'air salin spirale en fumée grise l'eau revient douce avec son rire de métronome que manque-t-il à nos yeux de ne pas voir ? nous diront-ils qu'on ne peut vivre sans passion ?
Nous avons fait hier à Concarneau (29) un défilé d'anti mode qui s'est appelé "belles mais harnachées" dont voici mon poème de présentation... Corseter, entraver, baleiner, aiguiller, bander, pincer, brider, lacer, peser, marquer, serrer, visser, fermer, ceinturer, ... Tout ce que le vocabulaire imagine comme lié au supplice a été utilisé pour la toilette des femmes. Parce qu’ainsi harnachées, telles des pouliches qu’on mène à la saillie, à bout de souffle et de résistance, elles ne risquaient pas de s’échapper, de se sauver, de s’enfuir, de divaguer, de courir, cavaler, balader, danser, baguenauder,...
il me revient la maison froide où je vivais nue parmi les ombres des mortes dormant dans les placards parfois elles sortaient du miroir et le diable cognait en croches contre les murs frappés d'interdit dans la chambre en torsade la sourdine était de rigueur sur le sépia des chevelures
j'avais un an, dans la chambre de l'arrière-grand-mère
et lorsqu'ils se retirent comme ils disent laissant les cicatrices exsangues de nos veines déchirées allant porter les armes vers d'autres habitudes pas de chance disent ils encore en exhibant la forteresse ici tu n'entres pas mais on apprend trop tard que c'est autour de soi que les hauts murs sont érigés la nuit ils parlent à couvert en arrachant les herbes folles et leur corps défendant fauche le blé avec l'ivresse jaillie du baudrier d'Orion cloué sur le ciel noir l'un chantait autrefois il n'y a pas d'amour heureux mais s'il n'est pas heureux n'y est-il pas quand même ?
la constellation d...
j'ai reçu en étrennes des mots d'amis, des mots en poésie que j'ai envie de faire suivre ... Kamal partage Fernando Pesoa "Béni soit le même soleil d'autres contrées qui me rend frère de tous les hommes, puisque tous les hommes, un moment dans la journée, le regardent comme moi, et en ce moment pur, tout de sérénité et de tendresse, ils retournent dans l'affliction et avec un soupir à peine sensible à l'Homme véritable et primitif qui voyait naître le Soleil et ne l'adorait pas encore. Parce que cela est naturel - plus naturel qu'adorer l'or et Dieu et l'art et la morale..." Aude partage Jean Malrieux...
Pour placer l'année à venir plus que jamais sous le signe de la poésie... car si des poètes furent parfois combattants et résistants je n'en connais pas de grands qui aient appelé à la haine et à la destruction leurs mots suffisaient à faire espérer un monde meilleur sans qu'il soit nécessaire de brandir les armes alors pourquoi si peu dans l'histoire nous furent connues les femmes poètes ?? en voici trois qui traversèrent les âges ... pour bien commencer 2010 Ono no Komachi (dame japonaise du 9è siècle) (traduction G.Renondeau - gallimard) triste et solitaire je suis une herbe flottante à la racine...
il parait qu'un jour le monde viendra irradier le temps chauffé à blanc des arbres noirs et secs pourra-t-on dire du coeur grippé à froid ce soir de peine qu'il renaîtra en rouge de son sang délavé ? pas de couleurs et pas d'odeurs sous les climats évidés de la mémoire et qui pourra s'en échapper?