j'ai reçu en étrennes des mots d'amis, des mots en poésie que j'ai envie de faire suivre ... Kamal partage Fernando Pesoa "Béni soit le même soleil d'autres contrées qui me rend frère de tous les hommes, puisque tous les hommes, un moment dans la journée, le regardent comme moi, et en ce moment pur, tout de sérénité et de tendresse, ils retournent dans l'affliction et avec un soupir à peine sensible à l'Homme véritable et primitif qui voyait naître le Soleil et ne l'adorait pas encore. Parce que cela est naturel - plus naturel qu'adorer l'or et Dieu et l'art et la morale..." Aude partage Jean Malrieux...
Pour placer l'année à venir plus que jamais sous le signe de la poésie... car si des poètes furent parfois combattants et résistants je n'en connais pas de grands qui aient appelé à la haine et à la destruction leurs mots suffisaient à faire espérer un monde meilleur sans qu'il soit nécessaire de brandir les armes alors pourquoi si peu dans l'histoire nous furent connues les femmes poètes ?? en voici trois qui traversèrent les âges ... pour bien commencer 2010 Ono no Komachi (dame japonaise du 9è siècle) (traduction G.Renondeau - gallimard) triste et solitaire je suis une herbe flottante à la racine...
il parait qu'un jour le monde viendra irradier le temps chauffé à blanc des arbres noirs et secs pourra-t-on dire du coeur grippé à froid ce soir de peine qu'il renaîtra en rouge de son sang délavé ? pas de couleurs et pas d'odeurs sous les climats évidés de la mémoire et qui pourra s'en échapper?
mes questions de pleine lune fermentent les aubes livides est-ce seulement le toucher du vent, de l'âge, de l'absence n'y a-t-il pas d'autres passe-temps pour griffer le ciel bas et lui faire toucher terre entre homme et femme entre nord et sud entre blanc et noir se tordent les bois morts, qui pourtant se touchent la plume est un écran où nul n'est invité les bribes de la parole déchirées en clapots sur le mur des hautes marées le toit des maisons vides effondre la mémoire je pense à qui je ne sais pas dire de quoi je me souviens là, demain, jamais les mots tombent en désaccord du temps point...
à chacun ses obsessions... c'est en rédigeant au jour le jour, sans contraintes, que l'on apprend à déchiffrer, pour soi même, ce qui étonne, ce qui nous fait, qui nous empoigne, qui nous constitue le noir, le rouge, le chaud, le fleuve... rien de ce que je trouve ici, en cette Bretagne où je vis depuis longtemps: fraîche, pâle et maritime alors le rêve est-il nécessaire d'abord pour croire à la possibilité d'une évasion ? ou choisit-on, souvent, sans autre forme d'explication, l'inverse de ce qu'on aime ? donc, c'est un rêve dee fleuve mouvement vers, sens inéluctable, source et aboutissement,...
Une question posée par l'organisatrice du Quai des écrits, manifestation d'auteurs indépendants hautement sympathique, organisée en mai 2009 et reconduite en mai 2010 : "Pourriez-vous écrire un petit texte sur l'écriture. Sur ce qu'elle vous apporte ou sur votre rapport avec elle … ou sur le pourquoi écrire ?" Pourquoi ? ce que ça apporte ? rapports, amoureux ou ... financiers ( là, il faut rire) ? chais pas ! mais comme je suis bonne fille j'y réfléchis quand même et voilà ce que ça donne: j’écris j’accroche un peu de terre au poids de mes chaussures j’écris je lance une poignée de sable dans...
le fleuve est nécessaire... sa hautaine paresse enserre les questions sous des herbes nouées pose à l'envers du ciel un champ pavé de larmes où l'ardoise du sable étouffe les regards souterrains l'équilibre du temps redonne au goût de terre de nos secrets trempés une langueur d'oubli le fleuve est nécessaire de sa force maligne qui fait trembler les immortelles et le mur des coquelicots savoir poser sur l'autre monde une goutte de sang double un gouffre de temps bleu où l'inverse de soi n'est pas l'épaisseur du silence mais le glacis vermeil des surfaces tremblées et puis s'y enfoncer Bords de...
habit de poussière la muraille au corps cassé tente un pas de danse ce matin il n'y a personne pas un chat pas une pierre rien qu'un bouillon de salpêtre et les murs tapissés de questions Murs à Brest
Après la célébration de la négritude, mot imaginé par Césaire avec la complicité de Senghor et Damas, les afro-américains dans les années 60 inventèrent la formule "black is beautiful". Des panthères noires montraient les dents après avoir été trop longtemps pliées sous le joug de la captivité et du mépris de l'homme blanc Loin de moi l'idée de revendiquer une fausse appartenance et une histoire qui n'est pas la mienne même si j'ai dit, ici et ailleurs, que cette correspondance avec le noir m'a rendu l'Afrique si familière au premier regard que je m'y suis, bizarrement sentie plus chez moi que...
Chance pour moi de me trouver en ces jours un peu désœuvrés dans la région de Dinard, ce gros Disneyland pour vieux enfants friqués... chance d'avoir pu entrer dans l'expo François Pinault "qui a peur des artistes?"... Le titre semble annoncer qu'on va se trouver en face d'art contemporain et qu'on risque alors de recevoir une claque de rejet ou d'incompréhension. Rien de tout cela. La claque n'est pas celle qu'on pense, on n'aperçoit rien de vraiment inconoclaste au fond (la culbute du pape sous la météorite est très drôle, et le cochon de Mac Carty très touchant) seulement deux ou trois surprises...
Rouge fut la poussière que j'ai d'abord mâchée, ensuite apprivoisée, ce choc premièrement visible quand je descendais d'un avion à Lomé Après, il y eut mes pieds que les enfants teignaient de "lali" (henné) pour faire rire les passants qui me disaient: " maman! tu te cherches un mari ?" Et j'ai vu, j'ai touché, le corps noir saigné à blanc, le fleuve d'Afrique, le fleuve de sang que je murmurais autrefois sans savoir, avec les mots de René Depestre, Et puis les mots rougis de tous les peuples cadenassés, de toutes les barricades, de toutes les tortures, de toutes les armées La vieille amie qui...
Après les journées tropicales de juin, même en Bretagne où les nuits en plein air devenaient fréquentables, un orage est venu ramener le temps à des considérations climatiques banales... que reste-t-il de la chaleur et du temps de cette entrée fracassante dans l'été ? un goût acidulé de revenir, et le reste d'une douceur sucrée quand on ferme les yeux sur trois ans d'éloignement d'un pays qu'on a aimé en quoi cela mérite-t-il d'être appelé "fatal" ? ce goût édulcoré par le souvenir a laissé une empreinte sur la langue et les mots qu'elle invente un jour le temps, un jour l'orage, un jour présent,...
quitter en odeur de sainteté comme on le dit des fleurs mortuaires le mois des cruautés nouvelles le mois des vierges pâles et des lunes rousses le mois des saints glacés dans leur définitive absence qui égrènent le chapelet des exubérances meurtrières il y a des mois qu'il faut oublier des mois d'émoi qu'on jette aux chiens et que les images figées ne raviveront pas heureusement il y a juin