mes questions de pleine lune fermentent les aubes livides est-ce seulement le toucher du vent, de l'âge, de l'absence n'y a-t-il pas d'autres passe-temps pour griffer le ciel bas et lui faire toucher terre entre homme et femme entre nord et sud entre blanc et noir se tordent les bois morts, qui pourtant se touchent la plume est un écran où nul n'est invité les bribes de la parole déchirées en clapots sur le mur des hautes marées le toit des maisons vides effondre la mémoire je pense à qui je ne sais pas dire de quoi je me souviens là, demain, jamais les mots tombent en désaccord du temps point...
à chacun ses obsessions... c'est en rédigeant au jour le jour, sans contraintes, que l'on apprend à déchiffrer, pour soi même, ce qui étonne, ce qui nous fait, qui nous empoigne, qui nous constitue le noir, le rouge, le chaud, le fleuve... rien de ce que je trouve ici, en cette Bretagne où je vis depuis longtemps: fraîche, pâle et maritime alors le rêve est-il nécessaire d'abord pour croire à la possibilité d'une évasion ? ou choisit-on, souvent, sans autre forme d'explication, l'inverse de ce qu'on aime ? donc, c'est un rêve dee fleuve mouvement vers, sens inéluctable, source et aboutissement,...
Une question posée par l'organisatrice du Quai des écrits, manifestation d'auteurs indépendants hautement sympathique, organisée en mai 2009 et reconduite en mai 2010 : "Pourriez-vous écrire un petit texte sur l'écriture. Sur ce qu'elle vous apporte ou sur votre rapport avec elle … ou sur le pourquoi écrire ?" Pourquoi ? ce que ça apporte ? rapports, amoureux ou ... financiers ( là, il faut rire) ? chais pas ! mais comme je suis bonne fille j'y réfléchis quand même et voilà ce que ça donne: j’écris j’accroche un peu de terre au poids de mes chaussures j’écris je lance une poignée de sable dans...
le fleuve est nécessaire... sa hautaine paresse enserre les questions sous des herbes nouées pose à l'envers du ciel un champ pavé de larmes où l'ardoise du sable étouffe les regards souterrains l'équilibre du temps redonne au goût de terre de nos secrets trempés une langueur d'oubli le fleuve est nécessaire de sa force maligne qui fait trembler les immortelles et le mur des coquelicots savoir poser sur l'autre monde une goutte de sang double un gouffre de temps bleu où l'inverse de soi n'est pas l'épaisseur du silence mais le glacis vermeil des surfaces tremblées et puis s'y enfoncer Bords de...
habit de poussière la muraille au corps cassé tente un pas de danse ce matin il n'y a personne pas un chat pas une pierre rien qu'un bouillon de salpêtre et les murs tapissés de questions Murs à Brest
Après la célébration de la négritude, mot imaginé par Césaire avec la complicité de Senghor et Damas, les afro-américains dans les années 60 inventèrent la formule "black is beautiful". Des panthères noires montraient les dents après avoir été trop longtemps pliées sous le joug de la captivité et du mépris de l'homme blanc Loin de moi l'idée de revendiquer une fausse appartenance et une histoire qui n'est pas la mienne même si j'ai dit, ici et ailleurs, que cette correspondance avec le noir m'a rendu l'Afrique si familière au premier regard que je m'y suis, bizarrement sentie plus chez moi que...
Chance pour moi de me trouver en ces jours un peu désœuvrés dans la région de Dinard, ce gros Disneyland pour vieux enfants friqués... chance d'avoir pu entrer dans l'expo François Pinault "qui a peur des artistes?"... Le titre semble annoncer qu'on va se trouver en face d'art contemporain et qu'on risque alors de recevoir une claque de rejet ou d'incompréhension. Rien de tout cela. La claque n'est pas celle qu'on pense, on n'aperçoit rien de vraiment inconoclaste au fond (la culbute du pape sous la météorite est très drôle, et le cochon de Mac Carty très touchant) seulement deux ou trois surprises...
Rouge fut la poussière que j'ai d'abord mâchée, ensuite apprivoisée, ce choc premièrement visible quand je descendais d'un avion à Lomé Après, il y eut mes pieds que les enfants teignaient de "lali" (henné) pour faire rire les passants qui me disaient: " maman! tu te cherches un mari ?" Et j'ai vu, j'ai touché, le corps noir saigné à blanc, le fleuve d'Afrique, le fleuve de sang que je murmurais autrefois sans savoir, avec les mots de René Depestre, Et puis les mots rougis de tous les peuples cadenassés, de toutes les barricades, de toutes les tortures, de toutes les armées La vieille amie qui...
Après les journées tropicales de juin, même en Bretagne où les nuits en plein air devenaient fréquentables, un orage est venu ramener le temps à des considérations climatiques banales... que reste-t-il de la chaleur et du temps de cette entrée fracassante dans l'été ? un goût acidulé de revenir, et le reste d'une douceur sucrée quand on ferme les yeux sur trois ans d'éloignement d'un pays qu'on a aimé en quoi cela mérite-t-il d'être appelé "fatal" ? ce goût édulcoré par le souvenir a laissé une empreinte sur la langue et les mots qu'elle invente un jour le temps, un jour l'orage, un jour présent,...
quitter en odeur de sainteté comme on le dit des fleurs mortuaires le mois des cruautés nouvelles le mois des vierges pâles et des lunes rousses le mois des saints glacés dans leur définitive absence qui égrènent le chapelet des exubérances meurtrières il y a des mois qu'il faut oublier des mois d'émoi qu'on jette aux chiens et que les images figées ne raviveront pas heureusement il y a juin
J'étais la semaine dernière dans le studio d'enregistrement d'une radio locale sur ma ville de Concarneau (radio 5FM), pour parler un peu de mon bouquin l'interviewer est un ami togolais vivant en France à qui, donc, indirectement, le livre "Lettres d'Anisara" peut s'adresser au premier chef... disons qu'il sait de quoi je parle, et que son appréciation est d'autant plus précieuse pour moi Au cours de nos échanges il m'a fait remarquer une chose qui m'avait évidemment échappée, puisque je ne connais pas les subtilités des langues vernaculaires parlées au Togo dans sa langue en tout cas (Bassar)...
J'étais il y a deux jours chez des amis libraires, des vrais, de ceux qui vendent des livres et pas des savonnettes de marketing préfabriquées en forme de millefeuilles de papier. L'un me dit avec tristesse : on est obligé de réduire le rayon poésie, personne n'en n'achète, ni n'en lit plus ... on constate pourtant que grâce à Internet et autres moyens de communication faciles, il n'y a jamais eu autant de poètes en herbe ! plutôt bien, alors, mais ... il faut lire aussi les grands et les petits poètes pas seulement vouloir être lus, entendus, compris, appréciés, admirés mais entendre, écouter,...
des jours où le voyage ne donnera plus la clef des jours sans vie où les ombres épaissies marchent sur nos têtes béantes des jours longs comme des jours sans pain, sans faim, sans devenir jour vide est le froid d'une âme encerclée de silence mais autrefois à Kara, quand le froid revenait , toujours il y avait un coq qui chantait le matin une langueur sirupeuse du jour pour redonner couleur au sang un rire de gamin une main noire autour du thé brûlant un surplus de vivant pour conjurer les morts un écho de fête à travers la poussière partir ! partir ? et retrouver le monde au bout de soi alors quoi...