Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Parmi les multiples plans d'eau et bras de mer entourant Copenhague, il est un lieu particulièrement célèbre depuis presque 50 ans : la ville libre de Christiania, créée par des hippies et squatters en 1971 sur un ancien terrain de l'armée, et qui revendique toujours, depuis lors, son statut libertaire, défini par une charte encore en vigueur : «L'objectif de Christiania est de créer une société autogérée dans laquelle chaque individu se sent responsable du bien-être de la communauté entière. Notre société doit être économiquement autonome et nous ne devons...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 Passé Odense, la lumière est aussi brumeuse que mon cerveau fatigué par une nuit de bus. Le détroit est un plan de mousse pâle pointillé ça et là de rayons blafards. Se peut-il que les yeux réinventent le paysage à l'aune de leur état mental ? Copenhague se déploie en un fouillis de cyclistes et de tranquilles piétons. Un village de familles recomposées et multicolores qui brassent leurs différences, sans ostentation, mais avec persévérance. Je le constaterai plus tard dans le parc urbain du quartier de SuperKilen, où les quelques 50 nationalités qui vivent...
Traversée de l'Europe - Octobre 2017 La valise est là. Compacte et rationnelle. Cerclée de vide et d'inconnu. Qui se pose. Un volume rassurant de désirs bien ordonnés, de chemins sans accrocs, de villes souterraines où l'on ne sait pas vivre seul, dans la nudité de l'instant. Où l'on se retrouvera chargé de soi, malgré ce bouillonnement d'espérances légères. La valise est là. On voudrait l'oublier, partir sans attaches et sans poids. Elle ne dit rien. Elle empile au carré des tenues de réserves et des suspicions d'humeurs changeantes qui sont autant de mots silencieux. Je me penche. Elle chuchote...
Trop de noir nuit On me disait : "ce que tu écris, ce que tu montres, ce que tu joues, c'est la tristesse, c'est la colère du monde. Pourquoi n'écris-tu pas la joie, la paix, l'insouciance ? " Je répondais - avec cynisme - "Ah oui, montrez les moi. Ah oui, que je vienne vers elles, et mes mains se tendront jusqu'à les reconnaitre" Non, c'est autre chose. Si l'artiste ne fait que reproduire la beauté à l'état de nature, à qui, à quoi servira-t-il ? La réalité n'est-elle pas infiniment plus riche, plus étonnante, plus machiavélique aussi, que ce qu'il peut concevoir ? ( il y a plus de choses dans...
Main gauche ...après l'exposition "Henri Michaux Face à Face" au centre Wallonie- Bruxelles à Paris (face à Beaubourg) Me souviens de ces jours où je la découvrais, puis l'oubliais, la retrouvais ici et là, pour une chanson fredonnée (Danielle Messia), pour un poète qui la tirait du néant droit (Henri Michaux), pour un philosophe contrarié (Michel Serres), pour un jeu d'amputé qui nourrissait la scène. "Gauche" et "maladroite" : voilà bien de ces mots assenant une vérité calibrée qui ne souffre pas de lenteur, de virages et de brusques dérapages. Un brevet de bonnes raisons, où s'enlise l'autre...
Descendant l'autoroute qui court de Millau à Montpellier, se découvre en peu de temps un subtil changement de paysage dont on ne sait avec certitude s'il vient de l'air, de la terre, des couleurs ou des odeurs. On sait seulement qu'on a franchi un pas vers la Méditerranée, vers les cyprès, les garrigues, les vignes, les tuiles romaines qui ont pris la place des châtaigniers, des causses, des bergeries et des lauzes. Ces quelques kilomètres glissent insensiblement vers un espace qui ne parle plus le même langage. Je veux dire, le langage d'une mémoire que je m'efforçais d'oublier. Souvent, je me...
Accidents Dans l'art de la scène ils se multiplient confusément. On oublie le texte, on laisse tomber le livre, on trébuche sur une latte disjointe. On ne sait plus, d'un seul coup où l'on se trouve, ce que l'on fait, ce que l'on doit faire. Le public n'en saura rien le plus souvent, qui verra dans une hésitation ou dans une chute un moment volé dont on ne sait s'il est vrai ou pas vrai. Puisque ce public sait, au demeurant, que tout est faux de ce qu'il reçoit à l'instant. Jouer de l'accident est un art plus profond qu'il n'y parait. Il est, peut être, une forme avouée de modestie qui cache une...
Ce fut le premier livre de poésie que ma mère m'offrit quand j'avais 5 ans, lorsqu'elle m'apprit à lire Après, ce furent les premières cigarettes mentholées que je lui piquais en douce à 15 ans Ce soir je fumais une clope dans la nuit glacée en guettant la lune qui ne s'est pas levée trop de nuages, ou pas le bon moment ? comme pour tout le reste ... je garde les étoiles qui sont mes références : Gémeaux, Pléiades, Orion... et le reste, donc ? je m'en fous !
quelques définitions du dictionnaire concernant le mot "vœu" - Promesse faite à la divinité pour obtenir sa faveur ou en remerciement d'une prière exaucée. - Vif souhait, vif désir de voir se réaliser quelque chose : Le résultat est conforme à vos vœux. - Souhait particulier, fait dans certaines occasions, liées à une tradition, une coutume, des superstitions, etc. : Faire un vœu quand on voit une étoile filante. Tant de vœux échangés aujourd'hui pour conjurer la peur... de quoi ? Et malgré cela, des rétrospectives d'instants heureux qui s'insèrent entre les maux Regarder vers l'avant, regarder...
Période de Noël oblige, nous voilà en plein dans une actualité qui irrigue de nombreuses prises de position politiques, de nombreux et virulents débats faits pour semer le trouble et diviser encore un peu plus le peuple sur la défense de ses communes valeurs, si tant est que celles ci puissent résister longtemps encore à la déferlante du racisme, de l'exclusion et de l'autoritarisme ( c'est à dire le contraire même de notre "liberté, égalité, fraternité") Je veux parler de la question des "racines chrétiennes" de l'Europe en général , et de la France en particulier. Certes, le visage de la France...
il fait froid, mais pas seulement. s'enfoncer dans une nuit polaire peut effrayer, mais pas toujours je n'attends pas le printemps, je m'étonne des étoiles, des tourbillons, des âmes décharnées que le vent ne porte pas et que la terre appelle. vieillir ne fait pas peur, mais, comment savoir où laisser tomber l'instant présent ? dans les cahiers anciens ? dans les dentelles cousues de salive ? dans le jour chétif qui s'abime d'artifices? il vaudrait mieux ne pas s'en faire violence, juste passer au dessus des nuages vers le désert de rouille qui ne dit rien de la vie sinon qu'elle n'existe pas il...
Liquider, faire le ménage, jeter par dessus les moulins. Qu'on appelle comme on veut. Qu'on rappelle soudainement parce que les armoires débordent. Parce que le temps est compté. Cinquante années de carnets qui ont trainés de poches en lits, de maisons fermées en espaces grands ouverts, de voyages en arrêts fulgurants Et puis, que faire de tous ces mots ? que faire de sa vie, de la vie qu'on a collectionnée en planches d'insectes ordinaires ? pattes de mouches rendues illisibles par tous les changements, ou les redites, qui écœurent le plus souvent Mais tout de même, c'est UNE vie... Quelqu'un...
suite à la visite de l'expo "BEN, TOUT EST ART ? " au musée Maillol à Paris Ben est un autodidacte ? Ben est un petit malin ? Ben est un artiste ? Ben est un inventeur ? un créateur ? un enjôleur ? un manipulateur ? un enfumeur ? Pas répondre à la question. Aller à la rencontre hors cadre. Art au centre d'une vie qui creuse et recreuse. Questions ? questions? QUESTIONS ? D'une vie qui persiste à se vivre au milieu de l'invraisemblable empilement d'une ré-organisation d'objets, de déchets, de récup, d'archives, d'idées contradictoires. Ben a créé l'idée du mot comme production d'art, l'idée de l'art...
Tout d'abord, on fredonne la chanson de Brel, puis on oublie qu'on est au plat pays On se perd dans un désert qui se souvient d'autres sables, d'autres escarpements qui débouchaient sur le vide d'une plaine brûlante et affamée. Cette dune là vient s'étirer dans la mer froide et l'opulence. C'est un attrape nigaud au goût de mensonge, de sucres et de fleurs qui fait perdre le Nord juste pour un moment...
les sables de Bray-Dunes - département du Nord
L'Art de la mise en scène, que j'ai pratiqué un grand temps de ma vie, m'a ramené, sans le savoir, à des pratiques anciennes, plastiques, choisies, qu'un moment j'avais crues détournées par le théâtre, qui n'était pas un premier choix, mais dont j'ai gardé certains codes dans ma pratique. Par exemple, la culture de cet « art de l'éphémère » comme matière de la création. L'action théâtrale demande beaucoup de travail pour un résultat qui ne se matérialise pas, sinon à l'instant de la rencontre avec le public. Ainsi sans doute de toute œuvre créée. En effet, le moment de la « répétition » où l'on...