Pas sûr, pas sûr, qu'on forcerait l'allure, Qu'on aurait plus d'air pur Pas sûr que les faucons, et pas sûr que les vrais Lanceraient des lettres mortes qui sont leur proie de mots Sous d'autres vents contraires Pas sûr qu'on pleure en paix sous le ciel décalqué Pas sûr qu'on ait le temps de s'éveiller, de réveiller Les faux amis, les vrais aussi Pas sûr que le sommeil Et la vie durent, et durent Pas sûr, pas sûr
collages
Que disait-on des larmes autrefois ? Qu'elles lavaient le silence et faisaient mûrir les fruits du temps Qu'elles dormaient sous les oreillers pour lessiver nos cauchemars Qu'elles tombaient d'un ciel profond qui n'oublierait pas de combler nos espérances Et puis On ne pleure plus, on laisse la pluie fracturer les nuages Refléter la douleur de l'espace qui s'abîme au fond des eaux et s'obstine à nous revenir en sèche amertume Car la douleur ne sert plus à rien Les larmes sont absences Seule la colère subsiste quand la terre ne rêve plus
le cerveau se remplit d'atomes crochus, de colères rentrées, d'oiseaux pointus, de vomissures secrètes, d'escaliers sans fin, de vents étoilés, de cagibis prisons, de pieds de grues enfoncés dans la vase, de feuilles mortes, d'ondulations, de nausées, de piques et pêches, et puis le cerveau se vide. Bien fait ! c'est tout ce qu'il mérite
on ne lâchera rien. on sera heureux, juste pour faire la nique à ce qui hait on dira oui, on dira non, mais on saura pourquoi on aimera quand il faudra, plus souvent qu'à son tour on poussera les vieux démons dans la fosse de l'indigence on lèvera le poing et puis on ouvrira les poings fermés jusqu'à ce qu'il en surgisse des chants-oiseaux on se relèvera autant de fois que nécessaire et jamais seule et jamais seul on gravera sur les nuages des mots entiers qui feront taire le vent des explosions parce qu'on le peut parce qu'on le doit
graff tunnel des tuileries - Paris 2023
j'aime la fête, la famille, les offrandes, les partages. j'aime les aurores boréales, les troupeaux de rennes, le cercle polaire, le grand Nord j'aime le rouge et les lumières j'aime les solstices d'hiver et l'espérance des jours meilleurs mais je n'aime pas le père Noël, ses habits de mensonges, sa barbe dégoulinante de fausseté qui cache l'artifice, ses clochettes dissonantes, ses cadeaux plastifiés enfant, jamais n'y voulus croire jamais, sur les genoux de l'inquiétant barbu les tout petits hurlaient de terreur à son approche parfois j'ai protesté parfois je me suis tue inventant cette histoire,...
Des Coup(é)ysages la ville rouge est un poème à l'envers qui n'a pas trouvé de nom l'oiseau de feu danse sur le volcan des vies emportées la mer ne reprend pas les ondulations du passé l'arbre au bois doré ne parle pas des légendes, il retient le vent, la feuille ne parle pas de l'arbre, elle garde la mémoire des aspirations contraires l’œil intérieur est enchevêtré de silences avant tout, il fallait que le ciel s'évapore, que le chant se calme avant tout il fallait partir mais de quelle nuit parlais-tu ?
collages de papiers découpés ou déchirés
C'est le fil des savanes qui tire la mémoire, revient au carré des formes, au ravaudage infime des pièces déchirées car le temps ne sait plus ce que furent les villages, les arbres et le ciel de poussière rouge l'aiguille recoud ce qu'elle scarifia un jour sur la peau blanche
pièces de pagnes africains appliquées et cousues
grands formats
les arbres fantômes ont avalé leur ciel de mousse aux cheveux emmêlés quadrillant les aurores les mémoires tapissées les ombres étouffantes ne peut-on dire que le bois souffre lui aussi des verts encombrements des souffles raccourcis des esprits erratiques et des mondes inversés qui n'ont plus de chemins qui resteront cachés
Vallée du Lot
La forêt monte au dessus de ma tête, dans la crispation des pieds, dans les cailloux jetés à plaisir devant mon souffle. Car la forêt n’est pas que cet épuisement des vallées qui s’arrachent aux monts enrubannées de feuilles. Peu à peu elle se symphonise et s’orchestre d’oiseaux, de grincements, de balancements, de rythmes, de syncopes qui animent la matière du bois, l'emprise de la terre, la confrontation intime du mort et du vivant. Alors les pieds s’allègent, la respiration devient musique, mon oreille a gagné sur la pente rugueuse une danse, un son, un frottement de chansons singulières, un...
vous n'aviez peur de rien ni des morts qui glissaient dans les failles de l'histoire ni des feux dévastant la conscience ni des abimes où la haine s'ouvre un chenal de perdition mais c'est mon ventre doré, et mon armure légère c'est mon corps de feuillage et mes fils de nuages qui sèment la terreur dans vos yeux inversés je vous en prie, dormez ma toile est innocente de tout ce que les mots vous ont fait oublier
lenteur étale où chacun se replie sans jamais rencontrer un envol de pétales défait une à une les fleurs raccordées en tapis d'illusions la gare ferme ses yeux de chat sur le ronronnement des vies en partance elle envoie ses messages de fer au comble de nos désirs arrêtés qui attendent un signal et qui ne changent rien
gare parisienne
Au fait, les mots n'inventent pas, ils se cognent à la réalité du code, invisible ou pas, déchiffrable ou non, menteur ou véridique. Des traits, des couleurs, ne survient aucune vérité, créant seulement des mondes minuscules où se perd la bienséance de l'échange. Ne demeure que la sensation. Elle, ne dit rien. Que le oui de l'amour. Que le nom de l'ennui
Creuser avant de mourir - peinture acrylique
Quand le verbe se fait chair A l'être des peaux mortes, reste le vent graphique, l'effroi évidé qui remâche son absence Alors le temps déchire les mots et s'enferme dans l'aimant du refus Mais à la fin,...
La ville se hérisse de rumeurs grillagées La ville d'or se cambre sous l'arche pesante du souvenir Entre deux, la ville pleure, quelquefois, le sait-elle ? La hautaine Burgos ne dira rien de plus, sa mémoire se retire au carré des officiants Alors, partir, sans retourner le compliment, s’éloigner du silence martyr, des autels meurtris, qui se glacent en ribambelles de papiers dorés. Et parfois, revenir ?
Ocré des ciels d'orage qui ne l'atteindront pas, le vent de Salamanque se pose sans limites, tout à la joie qui façonne le décor des apparences La ville entière est un soleil couchant qui ne veut...