Une petite personne trotte depuis des lustres elle s'appelle Célestine Lurette a traversé les monde confisqués avec une paire de ciseaux et un peu de papier japonais si vous reconnaissez le pays d'où elle vient vous la ramènerez ou vous raconterez l'histoire à des enfants perdus (Papiers collés sur un Leporello - livre en accordéon)
Sur le principe du cadavre exquis : prendre un carnet japonais en accordéon, dessiner, écrire, plier la page et revenir le lendemain sans regarder ce qui a été fait la veille ! Champ de ciel en odeur de ruines / qui revivait là sans se douter / des eaux, des os, des vents / et des ombres vivaces elles aussi / qui renaissent à chaque / saison / et puis... c'est l'exil surgi / du néant blanc / qui dit vague / et se noie malgré / la nageoire / dentelée / des abysses / alors même / que l'espace / insurgé nous /promet cette / pluie/ d'étoiles mais / ne dit-on pas / de la pierre / qu'à son tort / défendant...
D'abord fermer les yeux Laisser l'ombre trembler au bord des cils Apprivoiser le ballet des phosphènes Attendre... On dit que la nuit engendre des monstres blancs Mais derrière les paupières Se déploient seulement l'exercice du vide Et la poussière d'un rêve éteint
"intérieur nuit" - eau forte sur zinc et aquatinte
sept âges de vie sept petites toiles carrées (20x20cm) sept temps de réflexion !
émergence - encore n'y a-t-il que l'idée du possible
promesses - en attente des moments infinis
la chair s'éveille - un pied toujours dehors - et tangue
le temps des masques emportait tous les regards
vers la création - à fonds perdus - sans l'horizon
failles et brèches - derrière la vitrine - des falaises
au soir aveugle - l'intérieur du vide - retourne sur lui-même
Une ombre légère nous traverse. On se retourne. Elle a fui dans le couloir d'un blanc hallucinant. Sa robe soyeuse se déchire avec un chuintement de rêve asphyxié. C'est le moment d'un printemps longtemps espéré, avec des feuilles tendres et le jaune des fleurs souveraines. Il semble s'épuiser avant d'avoir surgi. Lui aussi cavale au loin, comme l'ombre d'une ombre sur un cheval sans tête. C’est le moment où la mort rode, cherche à s'apprivoiser. Elle chante comme Schubert la ferait chanter, elle se glisse dans le silence d'une ville abandonnée où plus un enfant n'ira jouer dans la rue. C’est un...
on ne sait si ce sont les mots répétés dans le tourbillon des pluies, tout en même temps que le dehors impraticable, le confiné, disent-ils, l'attente de l'implosion ou le refus de la patience on ne sait ce qui rend le monde si étroit on cherche en vain le vaste, où ne se trouve que le dévasté on veut, on voudrait, on s'en excuse, les mots ne suffisent plus, il faut de l'air ou bien alors chanter ce qui se dérobe en ricanant on cherche le voleur, on ne le trouve pas partir, dit-on, encore plus faiblement mais où? demande la raison car la raison s'en fout. Elle veut, elle exige un regain de lumière,...
alors j'ai dit non non la mer n'est pas que perdition suffocation la mer ne garde pas que les bleus que les coups la mer ne contient pas que les corps à fonds perdus la mer ne se rit pas de la terreur de la couleur elle se tait j'ai collé une ombre au sel blanc des yeux morts j'ai retendu l'espace de limites acceptables j'ai refermé la bouche des noyés j'ai pardonné et puis j'ai dit encore ne reviens pas, n'y reviens pas pas pas du tout
hiver Paris, sans pitié pour les genoux des filles peau nue sous les jupes à plis marine espérant en vain le rouge radieux d'un collant qui fut toujours bleu de froid lui aussi, comme aux enfants de Marie comme toujours aux enfants derrière les fenêtres aux enfants qui imploraient le monde de venir jusqu'à eux hiver Paris fenêtres glacées qui demeurent quand les enfants cachés ont dit leur dernier mot d'enfant et sont devenus grands Il y a trois fenêtres dans trois maisons d'Issy, ou bien d'ailleurs, où je voulais grandir sans avoir besoin de personne les maisons sont cassées mais moi ? (Rue Guynemer,...
Les murs se chiffrent en lettres pâles, et le passé, et le passé reprend son droit de préemption sur les fils asservis et le plâtre et le plâtre s'écueille aux visages fendus que les mots ont dressés en briques de silence. Ceux qui vivent encore là remontent peu à peu du fond des caves où gisent leurs désirs en rubans de phrases mortes... crissement bavard, bavant, et puis c'est tout
collages et multitechniques septembre 2019
Question sèche. A-t-on encore le droit à des voyages lointains dans ce monde qui se défait devant nos yeux, et brûle et s'asphyxie de nos excès. Politiquement je serais tentée de dire que ceux qui font des efforts constants depuis toujours, et s'écartent parfois de la pensée règlementaire, sont pas les plus grands pollueurs de la planètes, ni les vrais responsables de sa déshérence. Mais ... On ressent ce fond aigu de mauvaise conscience à lancer des images volées à l'autre bout du monde, à user exagérément de la toile, à embarquer connectée dans des périples sans raisons. Pourtant il faut vivre...
Manif à Quimper. Milliers de gens qui défilent sur le bitume... et chantent ! Mais oui, les manifestants ne sont pas que ces casseurs exhibés chaque soir sur les écrans de télé poubelles Ils espèrent aussi, ils aiment. Ils aiment se retrouver, nombreux et déterminés. Ils luttent. Pour eux ; pas seulement. Pour leurs enfants ; pas seulement. Contre les privilèges ; pas seulement. Ils luttent parce qu'ils ont raison. Parce que, dit leur chanson : "... pour l'honneur des travailleurs, et pour un monde meilleur, on est là, on est là..." Ils luttent, et avancent, et chantent ensemble : slogans inventifs,...
J'ai rencontré des villes et rencontré des eaux toutes les eaux de toutes les villes qui noient les amertumes, les malheurs, le bruit sec qui referme les murs, toutes les villes qui vont chercher la rive, la rivière, la lagune et la mer à la pêche aux reflets, aux miroirs qui trompent le destin toutes les villes qui appellent à l'eau native pour les défendre de l'abandon de la poussière toutes les villes qui ont besoin d'échappées pour endormir le souvenir du quai et des caves obscures toutes les villes qui ont déployé l'ostinato de l'eau douce, de l'eau pour rien, de l'eau donnée toutes les villes...
... écrit dans le train de nuit entre Narvik et Stockholm Escales. Rencontre brèves dont le temps gratifie nos passages. Ici. On n’est jamais venu, on ne reviendra pas. Sans doute. Repérer. Hésiter. L’arrivée dans la nuit, ou bien au petit jour, le sourire d'un passant, le langage qui s’effrite au long des rues que l’on ne sait pas nommer. Avec le frisson du pied sur le bitume, le grognement d’un train qui nous verse et ne nous reprend pas. Ne pas se retourner. Redouter l'ankylose. Marcher, marcher. Oublier de dormir. Oublier de manger. Faire du corps un brouillard ou un nuage qui déchire la rêverie....
Tu vois, lui dis-je, c'est maintenant que l'on se quitte. Dans ce matin blanc à la frontière de nulle part. Avec douceur et sans regrets : c'est une histoire qui n'a pas eu lieu. Sur mes talons depuis sept jours elle a marqué son territoire, sa profondeur sans limites, en tenant mes chevilles au dessus des abysses. Elle m'ignorait le plus souvent, me laissant respirer malgré cette agacerie d'aiguille fine plantée dans la chair tiède. Parfois je lâche prise et j'oublie qu’elle me tient à sa portée, alors elle gronde un peu plus fort : mon cœur s'emballe et la nuit me surprend, secouée de spasmes...
Exposition : "Ma vie d'artiste à l'état brut" présentée à la Chapelle st Fiacre à Concarneau... Jeudi 3 octobre. Un très grand vieux monsieur (est-il plus vieux que moi après tout) fait une fois, puis deux le tour de l'expo, puis reprend les places une à une en lisant avec une attention soutenue tous les textes qui accompagnent les œuvres présentées. Il a fini. Il s'approche avec une sorte d'hésitation. J'ai été très intéressé, surtout par les textes, me dit-il. Je réponds : merci, attendant la suite qui vient après mûre réflexion. C'est très fort, reprend-il, j'ai rencontré une émotion puissante...