je suis tombée, bien plus qu'une fois je suis tombée de Charybde en Scylla, que je ne connais pas, je suis tombée à la renverse, tombée à pic dans l'oreille d'un sourd je suis tombée sur une vieille connaissance, mais chute ! je suis tombée par terre, c'est la faute à ma mère je suis tombée de haut, la faute à un oiseau tombée en amour, est-ce que l'on sait de quoi ? je suis tombée en carafe, juste sur un bec de gaz je suis tombée de mal en pis, pas vus, pas pris tombée dans les villes et tombée dans les champs Oslo trottoir nuit, Paris bus en plein midi, je suis tombée dans un snack en Russie...
L’arbre qu’on appelle flamboyant, je l’ai vu, et le rônier, le palmier, le kapokier, le manguier à la rondeur majestueuse. Mais ... je voulais le baobab imaginé, colonne vertébrale des paroles et des âges, orage émergé des matières chaudes que le temps fixe en puissance, arbre de peau de ciel dérobé aux dieux mères Au centre du monde, au centre du village, au centre de la terre épouse, le baobab griffe le sol, rampe en volupté et tire sa force gigantesque d’un sang de latérite qui s'élève en verdoiement, et n’oublie ni le ciel, ni la terre, ni la bonté, ni la brutalité Je n’ai pas vu de baobab...
Quimper. Chaleur sous la Cathédrale qui fricasse et bruit de vies d'artistes. On parle. On parle. Il me dit : tu peux lire ce texte ... et puis non, je te donne le livre. Un beau livre sur papier chic et typo de luxe. Je réponds: ah non, on fait échange. Je te donne le mien... un peu moins chic, un peu plus épais. Personne n'y perd. La fille s'est approché timidement, déjà revenue par deux fois : je craque pour cette gravure... je peux l'emporter contre quelques bocaux de cuisines exotiques, je rajoute un petit billet ? ah mais oui quel beau cadeau. J'épicerai mes préparations futures de souvenirs...
Avec la complicité de Aude, graphiste et éditrice "le chien du vent", un nouveau livre voit le jour ... Lorsqu'on écrit sur le voyage, extraordinaire aventure ou simple traversée d'un nouveau quotidien, on fait des phrases avec ses pieds. On suit des routes, ou des rails. On emmène avec soi d'autres lignes évadées d'autres livres, d'autres phrases martelées par d'autres pieds qui marchèrent, écrivirent, suivirent d'autres chemins que les siens. J'ai emprunté ici quelques lignes amies : Rimbaud, Kerouac, Michaux, et beaucoup de rails luisants. Lignes. Le même mot, et pour moi, le même Usage du monde,...
En écoutant cette vieille chanson de Pink Floyd... (extraite de l'album "Saucerful of secrets" 1967), le leitmotiv "Why can't we reach the sun?" s'est auréolé pour moi d'une étrange lumière tandis que je testais une nouvelle méthode de gravure. Pour tout dire il s'agit de dessiner sur tetrapack (l'intérieur des emballages de vos briques de lait !) avec une pointe sèche, puis de faire comme si c'était du zinc ou du cuivre : encrage, essuyage, etc... j'ai rajouté une touche de couleur à l'encre , ce qui, sans surprise évoquait ce soleil... largement absent lors de mes essais. Mais qui n'est pas seulement...
Plus de vingt ans après avoir écrit une courte pièce de théâtre appelée "7 jours d'Icare", jouée à Concarneau à l'occasion du printemps de la poésie 1998, je retrouve le mythe à l'occasion de 3 linogravures qui m'ont conduit là où je ne pensais plus aller... et sans trop l'avoir cherché c'est le thème qui s'est imposé à moi. On peut trouver le texte de cette pièce sur une page de ce blog
le vol d'Icare
L'arbre-labyrinthe
La femme sans mémoire
Une petite personne trotte depuis des lustres elle s'appelle Célestine Lurette a traversé les monde confisqués avec une paire de ciseaux et un peu de papier japonais si vous reconnaissez le pays d'où elle vient vous la ramènerez ou vous raconterez l'histoire à des enfants perdus (Papiers collés sur un Leporello - livre en accordéon)
Sur le principe du cadavre exquis : prendre un carnet japonais en accordéon, dessiner, écrire, plier la page et revenir le lendemain sans regarder ce qui a été fait la veille ! Champ de ciel en odeur de ruines / qui revivait là sans se douter / des eaux, des os, des vents / et des ombres vivaces elles aussi / qui renaissent à chaque / saison / et puis... c'est l'exil surgi / du néant blanc / qui dit vague / et se noie malgré / la nageoire / dentelée / des abysses / alors même / que l'espace / insurgé nous /promet cette / pluie/ d'étoiles mais / ne dit-on pas / de la pierre / qu'à son tort / défendant...
D'abord fermer les yeux Laisser l'ombre trembler au bord des cils Apprivoiser le ballet des phosphènes Attendre... On dit que la nuit engendre des monstres blancs Mais derrière les paupières Se déploient seulement l'exercice du vide Et la poussière d'un rêve éteint
"intérieur nuit" - eau forte sur zinc et aquatinte
sept âges de vie sept petites toiles carrées (20x20cm) sept temps de réflexion !
émergence - encore n'y a-t-il que l'idée du possible
promesses - en attente des moments infinis
la chair s'éveille - un pied toujours dehors - et tangue
le temps des masques emportait tous les regards
vers la création - à fonds perdus - sans l'horizon
failles et brèches - derrière la vitrine - des falaises
au soir aveugle - l'intérieur du vide - retourne sur lui-même
Une ombre légère nous traverse. On se retourne. Elle a fui dans le couloir d'un blanc hallucinant. Sa robe soyeuse se déchire avec un chuintement de rêve asphyxié. C'est le moment d'un printemps longtemps espéré, avec des feuilles tendres et le jaune des fleurs souveraines. Il semble s'épuiser avant d'avoir surgi. Lui aussi cavale au loin, comme l'ombre d'une ombre sur un cheval sans tête. C’est le moment où la mort rode, cherche à s'apprivoiser. Elle chante comme Schubert la ferait chanter, elle se glisse dans le silence d'une ville abandonnée où plus un enfant n'ira jouer dans la rue. C’est un...
on ne sait si ce sont les mots répétés dans le tourbillon des pluies, tout en même temps que le dehors impraticable, le confiné, disent-ils, l'attente de l'implosion ou le refus de la patience on ne sait ce qui rend le monde si étroit on cherche en vain le vaste, où ne se trouve que le dévasté on veut, on voudrait, on s'en excuse, les mots ne suffisent plus, il faut de l'air ou bien alors chanter ce qui se dérobe en ricanant on cherche le voleur, on ne le trouve pas partir, dit-on, encore plus faiblement mais où? demande la raison car la raison s'en fout. Elle veut, elle exige un regain de lumière,...
alors j'ai dit non non la mer n'est pas que perdition suffocation la mer ne garde pas que les bleus que les coups la mer ne contient pas que les corps à fonds perdus la mer ne se rit pas de la terreur de la couleur elle se tait j'ai collé une ombre au sel blanc des yeux morts j'ai retendu l'espace de limites acceptables j'ai refermé la bouche des noyés j'ai pardonné et puis j'ai dit encore ne reviens pas, n'y reviens pas pas pas du tout
hiver Paris, sans pitié pour les genoux des filles peau nue sous les jupes à plis marine espérant en vain le rouge radieux d'un collant qui fut toujours bleu de froid lui aussi, comme aux enfants de Marie comme toujours aux enfants derrière les fenêtres aux enfants qui imploraient le monde de venir jusqu'à eux hiver Paris fenêtres glacées qui demeurent quand les enfants cachés ont dit leur dernier mot d'enfant et sont devenus grands Il y a trois fenêtres dans trois maisons d'Issy, ou bien d'ailleurs, où je voulais grandir sans avoir besoin de personne les maisons sont cassées mais moi ? (Rue Guynemer,...
Les murs se chiffrent en lettres pâles, et le passé, et le passé reprend son droit de préemption sur les fils asservis et le plâtre et le plâtre s'écueille aux visages fendus que les mots ont dressés en briques de silence. Ceux qui vivent encore là remontent peu à peu du fond des caves où gisent leurs désirs en rubans de phrases mortes... crissement bavard, bavant, et puis c'est tout
collages et multitechniques septembre 2019