La cadence des pas déplia un catalogue de mots incertains. Certains filèrent sur la route où le chuintement de quatre pneus les réduisit au silence. D'autres coururent jusqu'au fossé avec des mines éperdues de feuilles mortes. Sur un branchage aux allures de phasme déglingué, je vis scintiller le mot "NUIT". Il appelait une ombre imminente qui tomba, en effet, lourdement, et m'encastra, moi aussi, dans la pluie sans couleurs. Il était temps de rentrer. Plus tard, je cherchai en vain, sur ma page blanche, les phrases égarées. Elle ne révéla qu'une catacombe de poèmes évanouis, de crânes, de cisaillements...
Un an plus tard... enfermée. Le temps se fait attendre où l'on pourra rêver. Mais reste la mémoire d'un instant qui n'a pas encore fui. Je reprends mon journal de bord.... pour m'y noyer ? Croisière sur le MS Lofoten de Bergen à Kirkenes, retour par voie terrestre (bus et train) de Kirkenes à la Bretagne 8 - 9 octobre / Bergen Dis-toi bien ça : jamais tu ne la soumettras ni même ne l'apprivoiseras. Mais tu as eu le désir, enfin, de te rapprocher, de t'affronter peut-être, de faire connaissance après tout ce temps passé à regarder de haut, à regarder de loin, à faire la dégoûtée, tu en conviens....
INKTOBER est un challenge de dessins, qui se déploie sur tous les mois d'octobre, avec 31 mots servant de base à un thème journalier… INK = encre et trait, dessin et texte... je ne me priverai donc ni de l'un ni de l'autre ! Tout cela vous a un petit air Oulipien* de contraintes stimulantes pour l'imaginaire, doublé d'un parfum surréaliste de "Cadavre Exquis"** auquel je ne résiste pas... Je considère ce challenge comme un jeu, un brouillon, dont les résultats ne sont pas aboutis mais emmènent sur des chemins potentiellement exploitables. Ou pas. On s'en fiche au fond, jouer et créer pour le plaisir...
je suis tombée, bien plus qu'une fois je suis tombée de Charybde en Scylla, que je ne connais pas, je suis tombée à la renverse, tombée à pic dans l'oreille d'un sourd je suis tombée sur une vieille connaissance, mais chute ! je suis tombée par terre, c'est la faute à ma mère je suis tombée de haut, la faute à un oiseau tombée en amour, est-ce que l'on sait de quoi ? je suis tombée en carafe, juste sur un bec de gaz je suis tombée de mal en pis, pas vus, pas pris tombée dans les villes et tombée dans les champs Oslo trottoir nuit, Paris bus en plein midi, je suis tombée dans un snack en Russie...
L’arbre qu’on appelle flamboyant, je l’ai vu, et le rônier, le palmier, le kapokier, le manguier à la rondeur majestueuse. Mais ... je voulais le baobab imaginé, colonne vertébrale des paroles et des âges, orage émergé des matières chaudes que le temps fixe en puissance, arbre de peau de ciel dérobé aux dieux mères Au centre du monde, au centre du village, au centre de la terre épouse, le baobab griffe le sol, rampe en volupté et tire sa force gigantesque d’un sang de latérite qui s'élève en verdoiement, et n’oublie ni le ciel, ni la terre, ni la bonté, ni la brutalité Je n’ai pas vu de baobab...
Quimper. Chaleur sous la Cathédrale qui fricasse et bruit de vies d'artistes. On parle. On parle. Il me dit : tu peux lire ce texte ... et puis non, je te donne le livre. Un beau livre sur papier chic et typo de luxe. Je réponds: ah non, on fait échange. Je te donne le mien... un peu moins chic, un peu plus épais. Personne n'y perd. La fille s'est approché timidement, déjà revenue par deux fois : je craque pour cette gravure... je peux l'emporter contre quelques bocaux de cuisines exotiques, je rajoute un petit billet ? ah mais oui quel beau cadeau. J'épicerai mes préparations futures de souvenirs...
Avec la complicité de Aude, graphiste et éditrice "le chien du vent", un nouveau livre voit le jour ... Lorsqu'on écrit sur le voyage, extraordinaire aventure ou simple traversée d'un nouveau quotidien, on fait des phrases avec ses pieds. On suit des routes, ou des rails. On emmène avec soi d'autres lignes évadées d'autres livres, d'autres phrases martelées par d'autres pieds qui marchèrent, écrivirent, suivirent d'autres chemins que les siens. J'ai emprunté ici quelques lignes amies : Rimbaud, Kerouac, Michaux, et beaucoup de rails luisants. Lignes. Le même mot, et pour moi, le même Usage du monde,...
En écoutant cette vieille chanson de Pink Floyd... (extraite de l'album "Saucerful of secrets" 1967), le leitmotiv "Why can't we reach the sun?" s'est auréolé pour moi d'une étrange lumière tandis que je testais une nouvelle méthode de gravure. Pour tout dire il s'agit de dessiner sur tetrapack (l'intérieur des emballages de vos briques de lait !) avec une pointe sèche, puis de faire comme si c'était du zinc ou du cuivre : encrage, essuyage, etc... j'ai rajouté une touche de couleur à l'encre , ce qui, sans surprise évoquait ce soleil... largement absent lors de mes essais. Mais qui n'est pas seulement...
Plus de vingt ans après avoir écrit une courte pièce de théâtre appelée "7 jours d'Icare", jouée à Concarneau à l'occasion du printemps de la poésie 1998, je retrouve le mythe à l'occasion de 3 linogravures qui m'ont conduit là où je ne pensais plus aller... et sans trop l'avoir cherché c'est le thème qui s'est imposé à moi. On peut trouver le texte de cette pièce sur une page de ce blog
le vol d'Icare
L'arbre-labyrinthe
La femme sans mémoire
Une petite personne trotte depuis des lustres elle s'appelle Célestine Lurette a traversé les monde confisqués avec une paire de ciseaux et un peu de papier japonais si vous reconnaissez le pays d'où elle vient vous la ramènerez ou vous raconterez l'histoire à des enfants perdus (Papiers collés sur un Leporello - livre en accordéon)
Sur le principe du cadavre exquis : prendre un carnet japonais en accordéon, dessiner, écrire, plier la page et revenir le lendemain sans regarder ce qui a été fait la veille ! Champ de ciel en odeur de ruines / qui revivait là sans se douter / des eaux, des os, des vents / et des ombres vivaces elles aussi / qui renaissent à chaque / saison / et puis... c'est l'exil surgi / du néant blanc / qui dit vague / et se noie malgré / la nageoire / dentelée / des abysses / alors même / que l'espace / insurgé nous /promet cette / pluie/ d'étoiles mais / ne dit-on pas / de la pierre / qu'à son tort / défendant...
D'abord fermer les yeux Laisser l'ombre trembler au bord des cils Apprivoiser le ballet des phosphènes Attendre... On dit que la nuit engendre des monstres blancs Mais derrière les paupières Se déploient seulement l'exercice du vide Et la poussière d'un rêve éteint
"intérieur nuit" - eau forte sur zinc et aquatinte
sept âges de vie sept petites toiles carrées (20x20cm) sept temps de réflexion !
émergence - encore n'y a-t-il que l'idée du possible
promesses - en attente des moments infinis
la chair s'éveille - un pied toujours dehors - et tangue
le temps des masques emportait tous les regards
vers la création - à fonds perdus - sans l'horizon
failles et brèches - derrière la vitrine - des falaises
au soir aveugle - l'intérieur du vide - retourne sur lui-même
Une ombre légère nous traverse. On se retourne. Elle a fui dans le couloir d'un blanc hallucinant. Sa robe soyeuse se déchire avec un chuintement de rêve asphyxié. C'est le moment d'un printemps longtemps espéré, avec des feuilles tendres et le jaune des fleurs souveraines. Il semble s'épuiser avant d'avoir surgi. Lui aussi cavale au loin, comme l'ombre d'une ombre sur un cheval sans tête. C’est le moment où la mort rode, cherche à s'apprivoiser. Elle chante comme Schubert la ferait chanter, elle se glisse dans le silence d'une ville abandonnée où plus un enfant n'ira jouer dans la rue. C’est un...